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des Comores

Classement UNESCO : Les médinas comoriennes, un nouvel atout économique à exploiter

Classement UNESCO :  Les médinas comoriennes, un nouvel atout économique à exploiter © : HZK-LGDC

L’inscription des médinas des anciens sultanats des Comores au patrimoine mondial ne représente pas seulement une victoire culturelle. Elle ouvre aussi une possibilité économique qui consiste à attirer davantage de visiteurs, créer des activités, stimuler l’investissement et faire circuler de nouveaux revenus dans les villes historiques. Mais le label UNESCO, à lui seul, ne suffira pas.


Le 25 juillet 2026 à Busan (République de Corée du sud) restera comme une date particulière dans l’histoire culturelle des Comores. Ce jour-là, l’UNESCO a inscrit sur sa liste du patrimoine mondial « Les médinas des Sultanats historiques des Comores » (MSHC). Le bien comprend six villes historiques de Ngazidja et de Ndzuani, dont les origines remontent à plusieurs siècles. Derrière les maisons en pierre, les palais, les places publiques et les anciennes fortifications, une autre question commence désormais à prendre de l’importance : que peut réellement rapporter ce classement à l’économie comorienne ? A titre de rappel, l’inscription ne s’accompagne pas automatiquement d’une manne financière versée au pays mais les retombées économiques et sociales d’un classement dépendent surtout des investissements et des actions engagés localement.

Et le premier secteur concerné est évidemment le tourisme. Pour un archipel qui cherche à diversifier son économie, les médinas peuvent apporter une nouvelle dimension à l’offre touristique. Les visiteurs ne viendraient plus seulement pour les plages, la nature ou la plongée. Ils pourraient aussi parcourir les anciennes cités des sultanats, découvrir leur architecture, leurs places, leurs traditions et l’histoire des échanges qui ont façonné les Comores dans l’espace de l’océan Indien.  Avec l’inscription de nos médinas au patrimoine mondial, tous les acteurs du milieu s’accordent à dire que notre pays tient là ce par quoi il peut intéresser le monde. Et les données sont incontestables. Selon les chiffres du Zanzibar's tourism sector ended 2025 on a high note, l’archipel frère a attiré précisément 917167 touristes internationaux en 2025, Maurice et Seychelles respectivement 1 436 250 et 400.000.

« Le potentiel est là depuis longtemps. Mais, il manquait quelque chose qui distinguait notre pays de ses frères. Nos médinas inscrites au patrimoine mondiale donnent ce cachet d’authenticité, sur lequel nous devons ou pouvons agir et investir pour attirer les visiteurs du monde entier, explique Mohamed Badjrafil, ambassadeur des Comores auprès de l’UNESCO. Mais, pour cela, nous devons apprendre de leurs succès et de leurs erreurs. Nous devons, pour nous distinguer, créer notre modèle, et, éviter, ainsi, d’être une Maurice bis, ou des Seychelles bis. Le client préférera toujours l’original à la copie. Nous devons, par exemple, cibler une catégorie de tourisme, pour réussir. On parle d’éco-tourisme partout, mais très peu le pratiquent. Parce que nous commençons, nous avons toute la latitude d’en faire une réalité. Et pour cela, nous attirerons des fonds du monde entier, qui changeront pour toujours le destin de notre pays ».

 Le potentiel existe car le tourisme représentait déjà 10,4 % du PIB et 10,4 % de l’emploi aux Comores en 2024. Pourtant, le pays accueille encore relativement peu de visiteurs internationaux au regard d’autres destinations comparables. Le patrimoine mondial pourrait donc contribuer à élargir cette offre. Et les dépenses d’un touriste ne s’arrêtent pas au prix d’une visite. Il faut compter l’hébergement, les repas, les déplacements, les services d’un guide, les souvenirs, les activités culturelles… Une partie de cet argent peut ainsi profiter directement aux comoriens.

« C’est probablement l’un des enjeux les plus concrets du classement. Une médina restaurée, accessible et bien organisée peut faire vivre une multitude de petites activités : guides touristiques, restaurants traditionnels, maisons d’hôtes, artisans, boutiques de souvenirs, photographes, agences de voyage, transporteurs, interprètes, organisateurs de circuits culturels ou encore créateurs de contenus numériques », dit-il. Et d’ajouter : « Le patrimoine peut aussi donner une valeur supplémentaire à des savoir-faire qui existent déjà. Un objet artisanal vendu aujourd’hui pour quelques milliers de francs pourrait trouver un nouveau marché s’il est présenté comme un produit directement associé à l’histoire et à l’identité d’une ville classée au patrimoine mondial. Même chose pour la cuisine. Une visite de médina peut être accompagnée d’une découverte de plats traditionnels, de produits locaux ou de pratiques culturelles. La culture devient alors aussi une activité économique, sans forcément perdre ce qui fait son identité ».

L’autre enjeu est celui de l’emploi. La valorisation des médinas peut faire émerger de nouvelles opportunités pour les jeunes : guides, médiateurs culturels, agents d’accueil, photographes, vidéastes, créateurs de contenus numériques ou encore entrepreneurs dans le tourisme culturel. Les femmes peuvent également trouver leur place dans cette économie du patrimoine, notamment dans l’artisanat, la restauration, l’hébergement, la production culturelle et le commerce. Les Comores, et ce n’est un secret pour personne, souffre du manque criant d’une main d’œuvre qualifiée. Le chômage galopant de la jeunesse s’explique, au reste, par l’absence de formations professionnelles institutionnelles et orientées vers les besoins du pays.

C’est pourquoi une série de formation doivent être mise en place pour accompagner cette initiative. On peut citer par exemple une formation des gestionnaires et responsables de sites patrimoniaux pour le renforcement des compétences en matière de gestion, de conservation, d’entretien et de valorisation des sites historiques et patrimoniaux, une formation des acteurs, détenteurs et protecteurs des médinas pour une sensibilisation et renforcement des capacités des habitants, associations, propriétaires et acteurs locaux engagés dans la sauvegarde, la transmission et la valorisation du patrimoine des médinas, une formation des professionnels du patrimoine et des métiers de la restauration ( formation des architectes, ébénistes, tailleurs de pierre, artisans, restaurateurs, guides et autres professionnels intervenant dans la conservation et la mise en valeur du patrimoine architectural et culturel) et enfin une formation à la préservation et à la valorisation des métiers d’art et des savoir-faire traditionnels comme la transmission des techniques et savoir-faire ancestraux, accompagnement des artisans et promotion des métiers d’art afin de préserver le patrimoine immatériel et de favoriser sa valorisation économique et culturelle.

 

 

 

 

 

« Les médinas, parce qu’elles doivent être restaurées à l’identique, vont non seulement permettre de former les jeunes sur les différents métiers du bois et de la maçonnerie, mais aussi et surtout de faire revivre notre savoir-faire artisanal qui avait complètement disparu au profit du mode in à l’étranger. Et parce qu’elles vont accueillir, nous l’espérons, de nombreux visiteurs venus des quatre coins de la planète, elles nous obligent à nous doter d’un personnel qualifié dans les métiers de l’hôtellerie et de la cuisine. Ainsi se jugulera le chômage des jeunes, dont le savoir-faire pourra même être exporté, parce qu’il sera mondialement reconnu ».

Le classement peut également modifier la manière dont les anciennes villes sont perçues économiquement. Une maison historique restaurée peut devenir une maison d’hôtes. Un ancien bâtiment peut accueillir un café culturel, une galerie, un atelier d’artisanat ou un centre d’interprétation. Une place historique peut servir de cadre à présentation des manifestations culturelles par des artistes et comédiens locaux. Mais il y a une limite à ne pas franchir : faire vivre économiquement le patrimoine sans le dénaturer.

L’inscription à l’UNESCO peut aussi renforcer la visibilité internationale des Comores. Pour un investisseur, une destination reconnue pour son patrimoine peut devenir plus facile à promouvoir. Les possibilités concernent notamment l’hôtellerie, les maisons d’hôtes, les transports touristiques, la restauration, les infrastructures culturelles ou encore les services numériques. Mais il faut que la qualité des transports, de l’hébergement, de la connectivité et de l’expérience proposée aux visiteurs reste déterminante pour développer un tourisme à plus forte valeur ajoutée. Une médina classée, mais difficile d’accès, mal éclairée, mal signalée ou mal entretenue, ne produira pas mécaniquement de retombées économiques.

NAY

 

 

 

 

 


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