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Culture / Les Comores sur scène en France pour parler du "ventre colonial"

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Culture / Les Comores sur scène en France pour parler du © : HZK-LGDC

Rencontre avec Soeuf Elbadawi, poète et homme de théâtre, à l’occasion de la reprise en France de son dernier spectacle, Obsession(s), créé à Ivry-sur -Seine en novembre 2018 dans le cadre du festival des Théâtrales Charles Dullin. Obsession(s) sera à l’affiche du Tarmac à Paris, scène internationale francophone, les 3, 4 & 5 avril 2019, pour le festival des Traversées, puis à l’Auditorium Sophie Dessus à Uzerche, le 9 avril 2019. Spectacle kaléidoscope, Obsession(s)interroge le rapport au « colonial ». Conversation.


Assis en bout de table, dans un café, rue de Bagnolet, Soeuf Elbadawi joue à être parisien. Un serveur s’arrête : « Alors, l’artiste ? Même chose ? ». Il opine du chef et explique : « C’est mon deuxième bureau. J’y viens depuis plus de dix ans ». Il y a une heure qu’on est là, assis. Une heure à parler de son dernier spectacle, Obsession(s). Un objet éclaté en autant de fragments que de possibilités de langage. Qui participe de la volonté de contribuer au débat sur le (dé)colonial, en rappelant la difficulté qu’il y a à penser le présent avec de vieux concepts forgés dans le déni. Un théâtre fragmentaire, qui se comprend dans son cheminement, entremêlant des écritures diverses, autour d’une seule et même question. « Ce spectacle est une mise à plat de tout ce que j’ai pu entendre, ces dernières années, sur le fait colonial. Il signale aussi la fin d’un cycle. Je suis même revenu à des obsessions d’enfance. A cette incapacité que j’avais à admettre que l’on puisse se mentir à bon prix, afin de maintenir le navire de la relation à flots. On produit des fictions de vérités à tire-larigot, pour survivre à nos angoisses ».

L’entretien se poursuit sur la difficulté à faire récit dans un monde, qui, intellectuellement, n’attend rien de vous : « On n’est pas les bienvenus ». Où ? En France ? Sur la scène ? La lassitude se lit dans le regard. Les déceptions, les frustrations, les désillusions. « Rien de méchant. C’est simplement que personne par ici ne pense à l’assiette de l’absent. Et on cherche à vous délégitimer, dès que vous franchissez la porte », confie-t-il. Quatre ans de bataille pour donner corps à ce spectacle, entre les Comores, la France, l’Europe, les Amériques. Plantages, fausses promesses et partenaires frileux. Faire du théâtre reste un sport de combat, mais il n’est pas amer pour autant. « Je ne vois même plus l’intérêt de souligner les manquements ». Entre les certitudes des uns, la défiance des autres, les malentendus, nombreux, la condescendance, qui pend au nez de tout artiste, issu de la diversité « racialisée » dans l’Hexagone, le chemin  ne lui paraît pas toujours évident. « Les plus vertueux vous expliquent comment doit être votre spectacle, en oubliant qu’ils sont tributaires eux-mêmes d’un tas de grilles de lecture aujourd’hui dépassées ». Qui es-tu, ô toi, mon beau, pour prétendre au plateau ?

Ton parcours, tes références, ton « regard extérieur ». Tout est passé au peigne fin, au risque de semer le doute sur ta capacité ou non à faire œuvre : « On n’a pas le droit d’être ce que nous sommes. Des êtres dépareillés, qui essaient de ramener un peu de lumière dans leurs réalités ». Porter ce projet a mené l’artiste au bord de la déprime. « Souvent, on te fait comprendre que tu n’es pas à ta place à l’endroit où tu te trouves, on s’interroge sur la bonne couleur de tes opinions et on se met à chercher où se trouve ton blanc. Le malaise est grand ». L’artiste a priori nous apparaît serein, apaisé. « Maintenant que l’objet existe, je me contente de dire merci à ceux qui l’ont accompagné. Je devine ce qui n’allait pas »...

(Lire l’intégralité de l’article sur le site du Muzdalifa House)


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