Le rap, mouvement musical de prise de parole extrêmement populaire, est un genre se revendiquant comme le style et la musique du peuple «d’en bas». Aux Comores, ses ambassadeurs s'évertuent à lui donner une couleur musicale comorienne. Et visiblement, le public le leur rend bien.
«Le rap a toujours été engagé», affirme Cheikh Mc, un des pionniers du rap aux Comores et fondateur du label Watwania. Malgré «le complexe du comorien, le rap et le hiphop en général ont une influence sur la société et particulièrement chez les jeunes», a-t-il confié. Le rap, c'est un style, un rythme et des mots. Aux Comores, le phénomène va en grandissant, le pays ne comptant plus ses poètes des temps modernes. Pour les rappeurs, les labels (émetteurs de disques) peuvent servir de béquille, car ils permettront à beaucoup de jeunes de se propulser dans le style.
C'est l'avis d'AST, artiste, co-fondateur et manageur du label Interface: «Il faut penser à en faire des labels, un moyen efficace pour relancer le rap et le hiphop en général». Encore un peu marginalisé, ce style tend à s'imposer malgré tout. Aux Comores, ses ambassadeurs se l'approprient et tentent de lui donner une couleur musicale comorienne. Pour Sabil, ingénieur de son et membre du label Fale city, «il serait satisfaisant de miser sur une musique de qualité» et cela à défaut des moyens. « C’est ce qui permettra au monde d’écouter le rap comorien et de le faire évoluer
Malgré le manque de moyens et d'infrastructures, les artistes de la place s'imposent. En 2017, le milieu a comptabilisé une dizaine d’albums, ce qui n’était pas le cas les années précédentes. Valoriser le rap comorien «Nous nous devons de valoriser notre rap. Faire en sorte que le monde écoute le bled», explique Cheikh Mc. Donner une couleur locale au rap, le rappeur de Mtsangani s'essaye à l'exercice. Dans son dernier album Upezo, le numéro 1 du rap aux Comores puise dans la musique locale pour accompagner ses textes qui parlent du quotidien des Comoriens, leurs difficultés mais aussi leurs espoirs.
La recette plait: Cheikh Mc célébrera bientôt ses 20 ans de carrière. Mais comme ses camarades, il regrette le manque de soutien de la part des autorités comoriennes. Tous espèrent du ministère de la culture qu'il fasse la promotion de cet art afin d’ouvrir une autre voie à la jeunesse. Jusqu’à présent, il n'existe aucune loi pour protéger les artistes. «J’espère que les Comoriens qui sont au-devant de la scène comme Rohff, Soprano et Alonzo, pour ne citer qu’eux, s’investiront dans le domaine afin de prouver qu’on peut faire mieux», confie Sabil Sahal.
Un manque à pallier certes mais qui ne diminue en rien la volonté des artistes comoriens dans le milieu hiphop. On peut citer Dadiposlim qui a fini finaliste dans «The Voice Africa », Cheikh Mc qui se produit ces derniers jours en France ou encore Sayz's qui va assurer la première partie de Maitre Gims dans sa tournée au Canada. Pour rappel, le rap est inspiré de la soul et du funk. Il est apparu dans les ghettos afro-américains de New York (le Bronx et le Queens) dans les années 70 aux Etats-Unis d’Amérique et n’a émergé en France qu’au début des années 80. Il a fallu attendre le milieu des années 90 pour que le rap arrive aux Comores.
A.O Yazid
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