À Anjouan, l’infirmière Nachmia Ben Issouf a lancé Nanahair, une marque de soins capillaires naturels destinée aux cheveux crépus. Née d’une expérience personnelle de casse et de sécheresse capillaire, son initiative mise sur des ingrédients naturels comme l’hibiscus, le moringa et l’aloe vera pour proposer des produits efficaces, accessibles et adaptés aux réalités locales.
À Anjouan, une jeune infirmière a transformé un problème personnel en projet collectif. Fondatrice de la marque Nanahair, Nachmia Ben Issouf conçoit des cosmétiques naturels destinés aux cheveux crépus, après avoir elle-même longtemps souffert de sécheresse, de casse et de chute de cheveux. « Beaucoup de femmes n’arrivent pas à trouver des produits vraiment adaptés », explique-t-elle. Dès 2021, elle commence à chercher des solutions : lectures, expérimentations et visionnage de tutoriels. Après plusieurs essais, elle parvient en 2024 à mettre au point une première gamme qu’elle utilise d’abord pour ses propres boucles, avant d’oser la partager avec d’autres femmes.
Ces années de recherche sont nées d’une véritable « galère » capillaire. Sécheresse persistante, cheveux ternes, chute et produits inefficaces ont fini par la pousser à formuler ses propres soins, d’abord pour elle-même, puis pour toutes celles qui vivent les mêmes difficultés. Sa philosophie repose sur une approche simple celle de partir du réel. Les retours des clientes orientent chaque amélioration. Au lancement, par exemple, l’odeur du sérum était jugée trop forte. « Les messages étaient unanimes. C’est efficace, mais l’odeur… », raconte-t-elle. Elle retravaille alors la fragrance afin de conserver l’efficacité du produit tout en rendant son utilisation plus agréable.
Du côté des ingrédients, Nanahair s’appuie sur des plantes accessibles localement, notamment l’hibiscus, le moringa, le neem et l’aloe vera, reconnus pour leur richesse en vitamines et antioxydants. Les formules combinent hydratation, grâce à l’aloe vera et à la glycérine, nutrition avec des huiles végétales, et renforcement à partir de protéines végétales. Une approche modulable qui permet de répondre aux besoins de différents types de cheveux. La créatrice insiste également sur l’importance de l’éducation capillaire. « L’idée reçue, c’est que le cheveu crépu est difficile à entretenir. Il est exigeant, mais pas indomptable. Avec les bons produits et les bons gestes, on peut même prendre plaisir à le manipuler », explique-t-elle.
Pour elle, l’entretien repose sur quelques gestes essentiels : hydrater régulièrement, nourrir pour sceller l’hydratation et protéger les cheveux des manipulations excessives. Coiffures protectrices, foulard ou bonnet en satin pendant la nuit, soin du cuir chevelu et nettoyage doux deux fois par mois pour éliminer les résidus composent une routine simple mais efficace. « Les produits ne font pas tout. Un cuir chevelu sain reste la base », rappelle-t-elle. La question du prix fait également partie de ses priorités. Nachmia Ben Issouf privilégie des procédés simples mais rigoureux, des conservateurs doux et des circuits courts afin de proposer des produits à la fois stables, sûrs et accessibles. « L’objectif est d’obtenir des résultats réels, sans promesses magiques », affirme-t-elle.
Son ambition dépasse aujourd’hui le seul domaine capillaire. Nanahair prépare déjà une future ligne de soins pour le visage et le corps, avec l’objectif de devenir à terme une référence africaine dans les cosmétiques naturels, tout en conservant un ancrage local. Au fil des discussions avec ses clientes, un thème revient souvent, celui du rapport à soi. Beaucoup de femmes, explique-t-elle, continuent de défriser leurs cheveux malgré les conséquences, davantage par découragement que par véritable choix. « Offrir des soins qui comprennent la fibre crépue, c’est redonner du choix et de la confiance », estime la fondatrice.
Dans son atelier d’Anjouan, modeste mais ambitieux, elle voit un véritable laboratoire d’autonomie. Reprendre le contrôle de sa routine capillaire, refuser l’idée qu’il faut « dompter » son cheveu, apprendre à le comprendre et à le nourrir. Le chemin reste toutefois exigeant. Réglementation, conservation des produits naturels et travail d’éducation auprès des consommatrices. Mais pour la créatrice, la ligne de conduite reste claire : « Écouter, formuler, tester et recommencer ». Au-delà des flacons, son projet s’inscrit dans une démarche plus large. Car lorsqu’un produit respecte la réalité des boucles, explique-t-elle en souriant, « l’entretien cesse d’être une bataille. Et la pousse, lente mais régulière, fait le reste ».
El-Aniou Fatima
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