Le musicien comorien Eliasse Ben Joma a remporté le premier prix du Gwangju World Cup Festival 2025 en Corée du Sud, une reconnaissance internationale qui vient couronner deux décennies de carrière et offrir un nouveau souffle de visibilité à la scène musicale comorienne.
L’artiste, qui représentait à la fois les Comores et la France avec son projet Trio, a su séduire un jury international exigeant et un public coréen conquis par la richesse de ses sonorités. « La sélection s’est faite en deux étapes, avec un jury international venant de France, de Chine, du Japon, d’Italie, d’Inde et de Corée du Sud, explique Eliasse. Aucun membre du jury ne pouvait voter pour un artiste de son pays. » Sur 1.478 candidats issus de 42 pays, seuls 32 artistes représentant 14 nations ont été retenus pour les phases finales à Gwangju. Trois étapes intenses ont alors départagé les participants. « Pendant le concours, chaque groupe disposait de seulement 20 minutes pour installer ses instruments, tester le son et jouer. Il fallait être précis, rigoureux et surtout authentique. »
Eliasse et son trio ont franchi les deux premières manches grâce à un mélange d’originalité et de cohérence musicale. En finale, face à quatre groupes asiatiques, ils ont fait le choix audacieux de ne présenter que leur propre répertoire, renonçant ainsi à des points bonus accordés pour les reprises. Un pari gagnant. « Pour moi, cette victoire est une reconnaissance de mon travail, mais surtout une lumière sur la scène comorienne, souvent méconnue. Cela apporte un projecteur positif sur nos îles, nos rythmes et nos histoires, » confie l’artiste. Le succès du groupe a suscité la curiosité du public et des professionnels venus de tous horizons. « Ce prix ouvre des portes vers de nouveaux réseaux, notamment en Asie, Chine, Japon, Inde et même en Europe, où plusieurs structures de production se sont montrées intéressées. »
Malgré des doutes initiaux, l’accueil du public coréen a dépassé toutes les attentes. « Je pensais qu’ils resteraient réservés, mais ils ont participé à 100% : ils tapaient dans les mains, chantaient et dansaient jusqu’à la finale. C’était incroyable ! » se réjouit Eliasse. Une communion musicale qui prouve, une fois de plus, la capacité de la musique à abolir les frontières culturelles. L’artiste prépare désormais la suite de sa carrière avec un concert prévu le 15 novembre à Bordeaux, qu’il décrit comme « une manière de fêter la victoire à la maison ». Pour 2026, il annonce une tournée dans l’océan Indien (Comores, La Réunion, Maurice) pour marquer ses 20 ans de carrière. « C’est une année particulière, souligne-t-il. J’ai commencé à Mayotte, et j’aimerais clore ce cycle en passant par tout l’archipel et nos îles sœurs. » Au-delà du trophée, cette expérience a valeur de symbole. « Chanter dans ma langue, défendre nos cultures, prouver que la différence est une force, c’est le plus beau message que je pouvais porter, » conclut-il. Cette victoire d’Eliasse ne célèbre pas seulement un artiste, mais toute une génération d’ambassadeurs culturels comoriens décidés à faire rayonner leur identité au-delà de l’archipel.
Mohamed Ali Nasra
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