La Gazette

des Comores

Culture : L’art de la poterie, un héritage à préserver

Culture :  L’art de la poterie, un héritage à préserver © : HZK-LGDC

La grande salle de l’Alliance Française de Moroni s’est transformée en véritable atelier d’art, le samedi 7 mars dernier. Malgré un ciel nuageux, le public s’est déplacé nombreux pour assister à une rencontre exceptionnelle avec Moussa Abdou, l’un des derniers gardiens de la poterie traditionnelle comorienne. L’ambiance était à la fois solennelle et chaleureuse.


Autour de l’artisan, le silence devenait respectueux dès que ses mains se mettaient à travailler la terre, tandis qu’il expliquait avec précision les différentes étapes de la fabrication. À une époque dominée par le plastique et les produits importés, voir naître une forme élégante à partir d’une simple motte d’argile a fasciné les visiteurs de toutes générations. Petits et grands suivaient la démonstration avec attention : certains multipliaient les questions sur l’origine des pigments ou la résistance des pièces, tandis que d’autres demandaient l’aide du maître potier pour s’essayer eux-mêmes à l’exercice. Parmi les participants, Amina, étudiante en lettres modernes françaises, ne cachait pas son émotion : « C’est une véritable révélation pour moi. J’ai été frappée par la plasticité de l’argile brute. Observer les gestes techniques de Monsieur Moussa et voir ces objets prendre vie sous nos yeux est tout simplement magnifique », confie-t-elle.

Le parcours de Moussa Abdou, potier émérite qui animait l’atelier, témoigne d’une résilience façonnée dans la terre et le feu. Depuis ses débuts à l’école primaire de Foumbouni, où il sculptait déjà le bois de coco pour subvenir à ses besoins, jusqu’à son départ en Égypte en 2002 pour se perfectionner dans l’art de la céramique et de la porcelaine, son parcours est guidé par une ambition constante. Malgré des opportunités en Europe et au Moyen-Orient, il a choisi de rentrer aux Comores dès 2005, déterminé à mettre ses connaissances au service de son pays. Son objectif c’est de valoriser les ressources locales, notamment le kaolin et l’argile, afin de développer une véritable industrie de la céramique. Pour lui, la création dépasse le simple cadre d’un métier, elle constitue une mission patriotique. Il est convaincu que le potentiel de l’archipel réside dans la transformation et la valorisation de ses propres matières premières.

La transmission occupe également une place centrale dans sa démarche. L’artisan nourrit l’ambition de mettre en place un projet de formation afin d’initier de jeunes apprentis à ce métier ancestral. « Il faut que les jeunes générations s’intéressent à nouveau à la poterie et perpétuent ce savoir-faire », insiste-t-il. Aujourd’hui soutenu par l’Ambassade de France aux Comores pour former une nouvelle génération de vingt potiers, il voit progressivement son rêve prendre forme. Au-delà de la démonstration artistique, cette rencontre a rappelé l’importance de préserver un métier devenu rare. Car Moussa Abdou n’est pas seulement un artisan : il est le dépositaire d’un savoir-faire ancestral, un créateur dont le travail participe pleinement à l’identité culturelle de l’archipel.

« Valoriser ce métier, explique-t-il, c’est s’assurer que la flamme de la tradition continue de briller au cœur de la modernité. » En quittant l’atelier, une certitude s’imposait : au-delà des objets façonnés sous nos yeux, Moussa Abdou modèle aussi une part de l’âme d’une nation. La poterie apparaît ainsi comme un héritage précieux que nous ne pouvons, sous aucun prétexte, laisser disparaître.

Hamdi Abdillahi Rahilie

 


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