La Gazette

des Comores

Deux monuments détruits à Anjouan pour « la modernité » 

Deux monuments détruits à Anjouan pour « la modernité »  © : HZK-LGDC

Les mosquées Chababi et d'Oman respectivement de Mutsamudu et de Domoni, les deux principales villes d’Anjouan, ont été démolies cette semaine. Un acte qui n’a pas laissé indifférents les défenseurs de la préservation et de la valorisation du patrimoine culturel.


Les associations qui militent pour la préservation et la valorisation du patrimoine, le Collectif du patrimoine des Comores (CPC) et Jeune Patrimoine des Comores (JPC) ont annoncé la démolition des mosquées Chababi et d'Oman respectivement de Mutsamudu et de Domoni à Anjouan. Le président du CPC, M. Musbahoudine en même temps directeur régional du CNDRS, ne cache pas son indignation face à la réaction qui a été animée par un manque de concertation entre les comités directeurs et les conservateurs. « J’ai fait de mon mieux pour que la mairie de Mutsamudu publie un acte d'arrêt des travaux de démolition totale de la mosquée Chababi mais on n’a pas pu obtenir les résultats escomptés », avance-t-il.

 

De son côté, Saiffidine Abdoulatuf, responsable de Watwani Chigoma, une troupe conservatrice de danses traditionnelles, salue les efforts fournis par le Collectif du Patrimoine des Comores (CPC) dans ce combat de conservation du patrimoine comorien. « Le patrimoine étant un vecteur clé du tourisme durable, le manque de sensibilisation sur la loi qui protège le patrimoine pourrait contribuer à cette ignorance qui continue à appauvrir les cités qui voient leurs monuments historiques disparaitre des cartes à la merci d'une prétendue modernité », regrette-t-il. Lors d’une conférence de presse, l'ancien directeur à l'office du tourisme d'Anjouan, Badroudine Kassim a tiré à son tour la sonnette d'alarme sur l'inconscience qui mène à déraciner l’histoire et l’identité à cause de ces démolitions inappropriées des monuments historiques.

 

Ce monument et lieu de culte qui a figuré sur l'ancien billet de 500 fc divise l'opinion. Pour les conservateurs du patrimoine, cet acte a mis à mal le patrimoine du pays. « Mutsamudu est appauvri », insiste Mme Sitti Chahalane Boyer depuis Paris, une combattante pour la préservation du patrimoine. Cette actrice de CPC a contribué dans plusieurs projets dans le pays, notamment la dernière réhabilitation du 4e mur de la façade ouest du palais Ujumbe. « Une histoire est tombée », s’est écrié Bacry Said Ali Bacar. 

 

La mosquée Chababiddine fut une histoire même si aujourd’hui d’autres renient cela. Une histoire pour les fondateurs, une leçon d’unité et non de division, une leçon de fraternité et d’amitié, une leçon de respect à leur maître et entre eux,  enfin une vitrine pour la ville de Mutsamudu. « La mosquée Chababiddine fut un des patrimoines d’Anjouan connu des tous, un lieu de culte, de repère et un symbole pour nos festivités traditionnelles. Ils nous ont laissé cette mosquée, nous l’avons cassée. Elle est tombée. Qu’allons nous laisser à nos enfants, à la génération future ? », s’interroge-t-il. Quant aux démolisseurs de patrimoine, ils disent être flexibles et accueillants à toutes idées et contributions. « Nous sommes ouverts pour toutes les réflexions », disent-t-ils. Une attention qui n’a pas freiné pour autant leur projet.

 

Nabil Jaffar

 


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