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des Comores

Don-D : « Si le public pousse comme il se doit, l’avenir serait flamboyant »

Don-D : « Si le public pousse comme il se doit, l’avenir serait flamboyant » © : HZK-LGDC

Deux ans après la sortie de « Le Coffre 2 », Mahe Fahad alias DON-D a présenté le volume 3 ayant réuni 21 artistes sur 21 titres. Et pas que ce projet car cet ancien d’Impoz Ton Style a produit au cours de l’année 2022 trois autres projets dont « le Coffre V Queen » qui réunit des voix féminines de la culture urbaine de l’archipel, Mayotte y compris. Dans cette interview, ‘’El-Diablo’’ nous parle du concept, des choix des artistes et pose un regard sur ce qu’il en est de la scène Hip-Hop aux Comores. Interview.


Question : Le Coffre, un concept que vous ne cessez de mettre en avant. Parlez-nous-en un peu.

Don-D : Au départ ça devait juste être une compilation de nos titres ‘’Gurru Muzik Ent (Moi, Djado Mado, Nota Bené & Nino Kelni)’’ qui trainaient dans les machines d’où le titre « Le coffre ». Au même moment, je voulais relancer le ‘’Comoria All Star Vol.2’’ car énormément de personnes l’attendaient sauf que dans le 1er volume, je n’étais pas seul et il n’était pas possible de réunir les mêmes personnes qu’en 2009. Du coup j’ai bifurqué vers Le Coffre car, malgré la productivité qu’il y’avait au sein de la scène urbaine, il n’y avait aucun projet qui réunissait ce beau monde sur une même compilation. Chaque structure se contente de réunir ses artistes sur un projet.

Question : Comment vous choisissez les artistes ?

DD : La plupart viennent d’eux-mêmes une fois l’annonce faite. Mais il faut savoir que je suis un grand consommateur de rap comorien. Je le précise car en matière de musique comorienne, c’est ce que j’écoute le plus. Je tends l’oreille sur tout ce qui sort puis quand j’ai un coup de cœur sur un rappeur,  je lui touche juste un mot c’est aussi simple que ça.

Question : Outre les 3 Coffres Hommes, vous avez sorti courant de l’année 2022, le Coffre V Queen. Racontez-nous un peu le mystère dudit projet.

Don-D : Simple constat. Trop peu d’artistes féminins sont mis en avant même au sein des structures musicales. Comment expliques-tu qu’en 2023, si tu demandes à une personne de te citer les gros artistes féminins du pays ce sont toujours les mêmes qui reviennent : Chamsia Sagaf & Zainaba Ahmed puis 2, 3 autres noms. Et ce n’est même pas de l’urbain ou même un style de musique actuelle même si je respecte beaucoup ses grandes dames qui nous ont bercés car les mamans jusqu’à lors chantent leurs chansons aux enfants. Saufs qu’à présent, il nous faut des ‘’Chamsia et des Zainaba’’ de notre génération.

Question : Quel regard vous portez sur le hip-hop comorien ?

Don-D : Une évolution constante. A l’époque où j’ai commencé par exemple, les rappeurs talentueux en place tu pouvais les citer en deux. Aujourd’hui quasiment tout le monde est chaud, même dans les villages les plus reculés les artistes hip hop y font des concerts. A notre époque, seul Cheikh Mc et Impoz Tn Style faisaient ça et le plus souvent pour une 1ère partie de Cheikh au tout début puis en suite Impoz était partout. Aujourd’hui c’est juste incroyable quand j’écoute certaines productions locales et cela peu importe où se trouve le MC. Par contre très peu d’innovation à mon goût. Les mecs trouvent un truc qui plait, en suite ils se reposent dessus pas de prise de risque.

Question : De nos jours et avec le streaming, vous pensez qu’il est facile de se faire découvrir ou de faire découvrir les artistes ?

Don-D : Je pense que oui. Tout le monde a un smartphone et aujourd’hui avec les applications nécessaires pour consommer de la musique, YouTube Music & Audiomack, ils n’ont plus besoin de télécharger les clips pour convertir en mp3. Je préfère ne citer que ces 2 là car pour les autres je ne pense pas qu’au pays beaucoup ont des abonnements vu qu’il faut une Carte Bancaire etc. sauf s’ils utilisent des versions gratuites avec les publicités et l’impossibilité d’écouter le titre exact que tu veux.

Question : Qu’est-ce qui freine, selon vous, l’évolution du secteur aux Comores ?

Don-D : L’égoïsme, l’envie de vouloir franchir les étapes sans prendre en compte la réalité du terrain, et le manque de collaboration réelle entre les structures même si d’apparence tout va bien entre elles. Et je suis convaincu qu’elles n’ont aucune ambiguïté sur le côté humain et fraternel mais dans l’art, j’ai comme l’impression que ça ne veut pas s’entraider ni se pousser pour de vrai.

Un dernier mot….

Don-D : Si tout le monde s’applique à fournir un travail de qualité, que les artistes soient exigeants avec les promoteurs autant sur la logistique que sur la rémunération, que les promoteurs arrêtent de déplacer des artistes étrangers avec des gros cachets qu’ils ne touchent même pas dans leurs pays d’activité et payés les nôtres des miettes pour la 1ère partie alors qu’ils peuvent prendre le 1/4 du budget pour monter un gros événement qui réunirait tous les artistes en place sera plus bénéfique pour la culture et le pays même pour leurs portefeuilles que de déplacer des artistes d’ailleurs. Ceux-là si on a eu accès à leur travail c’est parce qu’ils ont d’abord été poussés chez eux, si le public pousse comme il se doit, l’avenir pourrait être flamboyant.

Propos recueillis par Kamal Gamal

 


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