Clap de fin pour le festival international des musiques d'influence Twarab. Durant trois jours, les amoureux de courant musical en ont eu pour leurs ouïes.
L'Alliance Française et son directeur Jean Rémy Guedon ont tenu leur promesse d'organiser aux Comores un festival international de musique. Avec des moyens très limités, ils ont pu faire venir tout frais payant des groupes de Zanzibar (Taara Jazz, Uwaridi) et des autres îles de l'archipel (Komi de Maore, Soubi de Mwali et Saif el watoine Ndzuani) sans oublier les artistes de Ngazidja tels que Salim Ali Amir, Cheikh MC, Sambeco mais, aussi des nombreux groupes de femmes qui ont animé avec leurs chants traditionnels (tari, mawumbio...) ces trois jours de festival.
Si le spectacle était au rendez-vous, on ne peut dire autant des autorités en tête desquelles on retrouve le ministère de la culture, qui a joué les abonnés absents. Une absence remarquée et commentée dans les couloirs de l'Alliance Française. Une absence qui relance la polémique sur le rôle du ministère de la culture. Rattachée au ministère de la jeunesse, de l'emploi, des sports, du travail et des arts, la culture a du mal à exister car n'étant pas une priorité des gouvernants malgré les discours de circonstances.
Il suffit de voir le budget consacré (1 108 189 815 kmf) dans la loi des finances initiale pour l'exercice 2022, pour comprendre la place de la culture dans les plans du gouvernement. Si on essaie de pousser le raisonnement un peu plus loin, naïvement on découvre que les cinq départements qui composent ce ministère, l'art et la culture étant un seul bloc, que chacun a un budget de 221 637 963 kmf en supposant que le budget soit égalitaire entre ces départements. La désertion du ministère de tutelle dans une activité d'une telle ampleur suscite de nombreuses interrogations quant à la politique culturelle du pays et remet au centre du débat public la place des événements culturels et leur pérennité.
En 2017, dans une interview à le revue JOAL, l'écrivain Mab El-Had attirait l'attention sur les risques de voir disparaître les évènements culturels dans nôtres pays. « Ces événements ont été pour la plupart délaissés faute de manque de financements », disait-il. Le poète faisait référence à des évènements tels que le salon du livre, la journée Mbaye Trambwe (17 juin) mais aussi le Gamboussi d'or. Initié par le président Azali après sa prise du pouvoir de 1999, le Gamboussi d'or a eu par la suite moins de succès avec ses successeurs. Dans un pays où la culture de la continuité est quasi-inexistante, les choses se font et défont au gré des changements de régimes, rien ne dure tout est temporaire.
Présent tout au long du festival, l'ancien président de l'Assemblée nationale Mohamed Saïd Abdallah Mchangama déplore l'absence du ministre de la culture et du gouvernement en tant que tel. « Non seulement ils auraient dû participer mais, aussi soutenir. Je ne sais pas ce qui s'est passé, je ne sais pas s'il y 'a quelque chose outre le je m'enfoutisme ou la négligence habituelle de nos autorités », lance-t-il. Et le président de montrer l'importance de la musique dans un pays. « La musique est importante pour un pays car, à travers elle on vit l'histoire du pays, la souffrance, les combats, les joies, les avancées. La musique est aussi une industrie qui fait employer beaucoup de monde », explique-t-il. Mais au-delà des considérations politiques de la chose, il regrette surtout la perte du savoir faire comorien. « On se rend compte qu'on a beaucoup perdu de notre savoir faire musical, je parle en instruments. Presque les orchestres comoriens qui sont là, on voit très peu les tambours, les misondro, les tambourins, même si à Mohéli et un peu à Anjouan il y 'a des artistes qui continuent à les utiliser », souligne-t-il.
Un constat largement partagé par bon nombre de nos citoyens, qui voient de jour en jour, le dépérissement de la culture comorienne comme un fatalisme. On n’a pas de recette miracle à proposer mais, tout le monde le sait, qu'un peuple qui délaisse sa culture perd tout identité. Le chimiste français Émile Henriot disait d'ailleurs à ce propos : « La culture c'est ce qui demeure dans l'homme lorsqu'il a tout oublié ». Sauf si nos décideurs pensent à l'image de Théophile Gautier que la musique serait « le plus coûteux de tous les bruits ».
AS Badraoui
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