La Gazette

des Comores

Focus / Patrimoine : Origines des sultanats historiques des Comores

Focus / Patrimoine :  Origines des sultanats historiques des Comores © : HZK-LGDC

Des princes chiraziens aux matrilignages, des objets royaux aux anciennes cités, l’histoire des sultanats raconte bien plus qu’une succession de pouvoirs. Elle révèle une mémoire faite de migrations, de croyances, d’alliances familiales et de traditions transmises au fil des générations.


Le patrimoine comorien ne se résume pas aux monuments, aux anciennes mosquées, aux palais ou aux vestiges architecturaux. Il comprend également un important patrimoine immatériel constitué de traditions orales, de généalogies, de pratiques religieuses, de cérémonies, de symboles du pouvoir et de récits transmis de génération en génération. L’histoire des sultanats constitue, à cet égard, une composante essentielle de la mémoire historique de l’archipel. Situées au cœur des échanges de   l’océan Indien, les Comores ont longtemps été au contact des populations venues d’Afrique orientale, de la péninsule Arabique, de Perse et d’autres régions du monde musulman. Ces mouvements de populations ont profondément marqué la culture et l’organisation des sociétés insulaires. L’islam, implanté progressivement dans l’archipel, s’est ainsi combiné avec les traditions locales. L’arrivée de populations d’origine bantoue et les contacts réguliers avec les sociétés musulmanes de la côte orientale africaine ont contribué à façonner une culture comorienne originale, où se rencontrent différentes influences. Cette histoire constitue aujourd’hui une dimension importante du patrimoine culturel comorien, visible aussi bien dans les pratiques religieuses que dans les langues, les traditions, les structures familiales, les cérémonies et l’architecture ancienne.

 

Les princes chiraziens et la mémoire des sultanats

 

Selon la tradition orale, l’origine des sultanats comoriens est associée à l’arrivée, au XIVᵉ siècle, de princes d’origine chirazienne venus de Kilwa. Mohamed Ben Haïssa et Othman Ben Ahmed auraient rejoint l’archipel à bord de deux boutres avec leurs familles. Mohamed Ben Haïssa se serait établi à Ntsaweni, à Ngazidja, où il aurait participé à la diffusion de l’islam sunnite et de l’école juridique chaféite. Son fils Hassan aurait ensuite rejoint Sima, à Ndzuwani, où il épousa Djumbe Hadia, fille du Fani. Cette union est traditionnellement considérée comme l’une des origines du matrilignage des sultans de Ndzuwani. À Maore, Othman Ben Ahmed aurait épousé la fille de Waziri Maswilaha, originaire de Mtsamboro. Leur fille, Djumbe Amina, épousa Mohamed Ben Hassan, dit Mshinda, qui régnait à Domoni. Ces alliances matrimoniales participèrent à la constitution de lignées associées au pouvoir sultanien. Au-delà de leur dimension politique, ces récits constituent aujourd’hui une partie du patrimoine mémoriel et généalogique des Comores. Ils permettent de comprendre comment les sociétés insulaires ont construit et transmis leur mémoire du pouvoir.

 

La tradition attribue à Hassan l’introduction à Ndzuwani de plusieurs objets associés à la souveraineté : le pavillon rouge bordé de blanc, la main et l’étoile blanches, le shiri-sha-yezi ou trône, le ntsia, le grand parasol rouge et la chaire du prédicateur. Ces objets ne doivent pas être considérés comme de simples accessoires de la royauté. Ils constituent des témoins matériels de l’histoire politique et religieuse de l’archipel. Leur conservation, leur documentation et leur transmission permettent de mieux comprendre les anciennes institutions et les représentations du pouvoir aux Comores.

Le patrimoine sultanien est également présent dans les anciennes cités, les palais, les mosquées, les places publiques, les tombeaux et les anciennes demeures princières. Ces lieux constituent autant de traces matérielles d’une histoire qui reste profondément liée à la mémoire des communautés.

 

Les matrilignages : un patrimoine social et culturel

 

L’histoire des sultanats comoriens est également inséparable du système des matrilignages. À Ngazidja, les alliances entre familles princières et puissants Mabedja auraient notamment donné naissance aux lignées royales Inya Matswa Pirusa et Inya Fwambaya. Ces lignées ont marqué durablement l’organisation politique et sociale de l’île. Elles illustrent l’importance des liens de parenté, des alliances matrimoniales et de la transmission familiale dans la société comorienne.

 

Le matrilignage constitue ainsi un élément majeur du patrimoine culturel immatériel de l’archipel. Il rappelle que l’histoire politique des Comores ne peut être dissociée de l’histoire des familles, des communautés et des traditions de transmission. Au XVIᵉ siècle apparaît le titre de Mawana, associé à une fonction de médiation et de coordination politique. Dans chaque île, le Mawana présidait le conseil des chefs, veillait à l’application des décisions communes et participait aux relations avec les marchands étrangers, Arabes surtout et européens plus tard. Il intervenait également dans la perception du ndrwadongo, taxe prélevée sur les produits importés. À Ngazidja, il aurait notamment été habilité à participer à l’intronisation des sultans. L’institution du Mawana constitue un exemple intéressant de patrimoine institutionnel immatériel. Elle témoigne de l’existence de formes traditionnelles d’organisation, de concertation et de médiation au sein des sociétés comoriennes. « Aujourd’hui, il est plus que nécessaire de valoriser cette mémoire des sultanats auprès des jeunes générations par l’enseignement de l’histoire locale, les visites de sites, les expositions, les documentaires et les activités scolaires. C’est par ce moyen que notre patrimoine survivra longtemps », Fardy Norbert, enseignant en Histoire.

 

Préserver la mémoire des sultanats

 

Aujourd’hui, les traces du sultanat sont dispersées dans les quatre îles de l’archipel. Elles se retrouvent dans les anciennes médinas à Anjouan et Ngazidja, les palais, les mosquées, les tombeaux, les objets royaux, les généalogies, les traditions orales, les cérémonies et les récits transmis par les familles. La sauvegarde de ce patrimoine nécessite donc une approche globale. Il ne suffit pas de restaurer les bâtiments historiques mais il faut également recueillir les récits des anciens, documenter les généalogies, inventorier les objets, préserver les archives familiales et transmettre les savoirs aux jeunes générations. Le patrimoine des sultanats est, en définitive, une mémoire vivante des Comores.

« Pour préserver durablement les traces des anciens sultanats présents dans les quatre îles des Comores, nous devrions passer par l’inventaire, la protection juridique, la restauration et la transmission de la mémoire historique. Parce que le patrimoine comprend aussi les traditions, les récits, les savoir-faire, les langues et ces dérivées (Shingazidja, Shindzouani, Shimwali et Shimaoré), les cérémonies et les pratiques sociales », avance-t-il. Ce dernier raconte les migrations, les échanges de l’océan Indien, l’implantation de l’islam, la formation des dynasties, l’organisation des sociétés et la construction progressive d’une identité culturelle propre à l’archipel. Préserver cette mémoire, c’est donc non seulement protéger des monuments et des objets, mais aussi sauvegarder les récits, les savoirs et les traditions qui donnent un sens à l’histoire des Comoriens.

 

Le 25 juillet 2026 à Busan (République de Corée du sud), l’UNESCO a inscrit sur sa liste du patrimoine mondial « Les médinas des Sultanats historiques des Comores » (MSHC). Le bien comprend six villes historiques de Ngazidja et de Ndzouani, dont les origines remontent à plusieurs siècles. Et pour le protéger, toutes les différentes couches de la société doivent s’y mettre. « Pour protéger à la fois le patrimoine matériel et immatériel, il faut avant tout restaurer les différents sites déjà répertoriés et objets historiques tout en documentant et transmettant les traditions, récits et savoir-faire », souligne cet enseignant en Histoire. Et d’ajouter : « Il faut aussi créer des archives, des musées, des bases de données, inciter et organiser des recherches, des conférences et sensibiliser les jeunes et les populations locales ».

 

Aujourd’hui, les traces des sultanats sont dispersées à travers l’archipel : dans les anciennes médinas d’Anjouan et de Ngazidja, les palais, les mosquées, les tombeaux, mais aussi dans les objets royaux, les généalogies et les récits conservés par les familles.

Préserver cette histoire ne consiste donc pas uniquement à restaurer des bâtiments. Il faut aussi recueillir la parole des anciens, documenter les généalogies, inventorier les objets, protéger les archives familiales et transmettre ces connaissances aux générations qui viennent. Il est appelé aux historiens, chercheurs, musées et institutions culturelles à documenter, rechercher, conserver, diffuser et transmettre les connaissances sur l’histoire du patrimoine des sultanats existants et répertoriés aux générations futures.

 

 

NAY

 

 


Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.