Pionnier dans le milieu du rap comorien et fondateur d'Interface Prod, AST raconte la genèse imprévue de "Mkomori", premier clip de Rohff tourné récemment aux Comores. Une collaboration née d'une instrumentale, devenue symbole d'unité et de reconnaissance du savoir-faire local. Interview.
Question : On vous imagine pionnier du rap comorien rêvant de collaborer avec une figure internationale comme Rohff. Vous y avez cru un jour ?
Aboubacar Said Tourqui : Pour être franc, jamais. J'écoute Rohff depuis 1996, depuis l'époque d'Expression Direkt. A l'époque, je ne savais même pas qu'il était des nôtres. La connexion est arrivée par un ami de longue date. Rohff cherchait une équipe pour tourner un clip aux Comores, il lui a soufflé notre nom, CINEAST. On ne parlait que d'images à la base. Et puis pendant une pause du tournage, j'écoutais mon morceau "81-18", qui est ma relecture de son classique "Du fond du cœur" de 1999. Il a tendu l'oreille, a souri, il a reconnu le clin d'œil. Il m'a dit : "J'aimerais poser dessus". On a tout arrêté et on est partis enregistrer à Moroni, à Interface. Je pensais qu'il allait faire un solo. Au final, il m'a appelé sur le titre, avec Starcé qui était justement en vacances ici, puis Salam. C'est comme ça que "Mkomori" est né.
Question : "Mkomori" est le premier clip de Rohff tourné au pays. Quelle a été l'émotion et sa portée symbolique ?
AST : C'est une immense fierté. Contrairement à Alonzo ou Soprano, qui ont tourné au pays avec des équipes venues de France, Rohff a fait confiance à une équipe 100% comorienne, la nôtre. On a charbonné deux jours non-stop car son séjour était court, puis on a continué après son départ. J'ai tourné à Anjouan, ajouté des plans de Mohéli gardés depuis longtemps. C'est plus qu'un clip, c'est un drapeau pour l'unité. Ça prouve qu'on peut produire à un niveau international sans importer des équipes extérieures. J'espère que ça va ouvrir les yeux à la diaspora, on a les compétences ici.
Question : Sur les réseaux, ce featuring a surpris, vu vos affinités passées avec ses rivaux. La fierté comorienne efface-t-elle les rivalités ?
AST : Ça a toujours été mal compris. Je suis fan de rap français depuis trente ans. J'écoutais Rohff et ses rivaux en même temps. Lors des clashs, je n'ai jamais pris parti, c'était purement musical, pas une affaire de clan. J'ai pu préférer l'un ou l'autre selon les époques. Mais aujourd'hui tout change, Rohff m'a donné de la force sur ce son. Je lui dois loyauté et respect. Je ne dirai plus rien qui puisse le heurter.
Question : Poser avec Starcé et Rohff sur ce classique revisité est une vitrine immense. Comment capitaliser pour la suite avec Interface ?
AST : C'est une lumière folle. Avec ses millions d'abonnés, "81-18" va revivre. On va enchaîner les sorties de projets au label. En studio, de 20h à 4h, il m'a appris la patience et l'exigence. Au fond, Mkomori n'est pas qu'un featuring, c'est un retour à la maison.
Propos recueillis par Hamdi Abdillahi Rahilie
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