Dans une analyse consacrée à l’histoire de Moheli, l’artiste et épidémiologiste comorien Fatihou Oithik appelle à une relecture de l’histoire de l’île à partir des archives, des récits locaux et de la mémoire orale. Il propose la création d’un comité national chargé de produire une histoire actualisée des îles de l’archipel des Comores.
Pour Fatihou Oithik, l’histoire de Mohéli doit être étudiée en tenant compte de ses particularités culturelles, sociales et politiques. Il estime que la multiplication des récits et des interprétations peut parfois brouiller la compréhension du passé. D’où son appel à réunir chercheurs et détenteurs de la mémoire orale autour d’un travail consacré à l’histoire des Comores. Dans son analyse, l’auteur met en avant les spécificités de la société mohelienne, marquée selon lui par des influences africaines et arabes avant l’installation progressive de l’islam. Il souligne également une organisation politique qui aurait différé de celle de Ngazidja et Ndzouani, avec des structures traditionnelles liées aux différentes entités historiques et géographiques de l’île, notamment Upvanga, Mbadje et Moili-Mdjini, incluant Moimbao.
La période comprise entre 1820 et 1860 occupe une place importante dans son récit. Fatihou Oithik évoque les rivalités entre influences malgaches, zanzibarites, anglaises et françaises autour de Moheli, ainsi que l’émergence du royaume et le rôle de Djumbé Fatima, qu’il présente comme l’unique reine de l’histoire de l’archipel. Il accorde également une importance particulière au matriarcat et à la transmission matrilinéaire, considérés comme des éléments fondamentaux de l’identité mohelienne, de l’organisation familiale et de la préservation culturelle. L’auteur revient par ailleurs sur les affrontements et bombardements qui auraient marqué Fomboni au XIXᵉ siècle, ainsi que sur les bouleversements politiques liés aux influences étrangères. Il situe notamment le règne de Ramanitaka entre 1828 et 1841, puis celui de Djumbé Fatima et Salama Machamba jusqu’à la fin du royaume.
Au-delà de l’histoire, Fatihou Oithik s’interroge sur l’avenir de l’identité mohelienne. Il estime que les bouleversements politiques, économiques et sociaux n’ont pas effacé les fondements culturels de l’île. Il considère cette identité comme un potentiel facteur de dialogue et de réconciliation au sein de l’archipel. Son analyse appelle finalement à confronter les traditions orales aux archives et aux travaux scientifiques afin de distinguer les faits établis, les récits transmis et les interprétations. Pour lui, mieux connaître l’histoire de Moheli constitue une condition essentielle pour comprendre son identité et réfléchir à sa place future au sein des Comores.
Riwad
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