En ce deuxième jour de l’Aïd El-Fitr, la grande salle du centre culturel de Mkazi a été le théâtre d’un événement d’une portée symbolique, le dimanche 22 mars dernier, alors que l’effervescence des festivités enveloppait encore l’archipel.
Sous l’égide de l’Union pour le Développement Socio-culturel et Éducatif de Mkazi (UDSCEM), une conférence a réuni cadres, notables, magistrats, enseignants et une jeunesse avide de savoir. L’objectif était de poser les jalons d’une révolution intellectuelle villageoise, par la redynamisation d’un centre culturel appelé à redevenir le cœur battant de la cité. Dès l’ouverture, marquée par la lecture du Saint Coran, l’atmosphère de la salle, bondée d’hommes et de femmes de toutes générations, témoignait de l’attente suscitée. Le président de l’UDSCEM, Lianfourou Saïd, dans son discours a rappelé la mission critique des aînés : celle de recadrer et de guider les jeunes générations vers le bien commun par la transmission. « La connaissance est la seule arme qui puisse nous aider à nous épanouir », a-t-il martelé, fixant ainsi le cap d’une organisation qui ne se contente plus de l’animation ponctuelle.
Le projet phare annoncé lors de cette rencontre est la réouverture et la modernisation de la médiathèque de Mkazi. L’UDSCEM entend redonner vie à ce lieu à travers un club de lecture innovant et des activités artistiques variées, allant du théâtre à la littérature. Le modérateur de la conférence, Hachim Abdoulfatahou, a d'ailleurs précisé les contours de cette ambition : chaque mois, un membre du club présentera un ouvrage, et des concours trimestriels viendront stimuler l’émulation intellectuelle des jeunes. L’enjeu étant de transformer la lecture, souvent perçue comme une contrainte scolaire, en une passion citoyenne. Au centre de cette effervescence, un protagoniste : Oubeidillah Maeva Dhoimiri. Écrivain engagé et assistant en communication au Bureau pays du PNUD aux Comores.
Si son parcours académique impressionne par sa dualité, un Baccalauréat scientifique (Série C) suivi d'un Master 2 en Francophonie, Littératures et Interculturatié, son engagement littéraire n'est pas une surprise pour ceux qui le connaissent. Passionné par les lettres depuis son jeune âge et investi de longue date dans les associations culturelles, ce choix d'études supérieures n'a été que la formalisation d'un destin déjà tracé par sa plume et la trajectoire dictée par sa soif de transmission. Son roman, “Les Trésors des Îles au Parfum”, publié aux éditions Kalamu des îles l'année dernière, a servi de fil conducteur à la conférence. Ce recueil de huit récits, puisés à la source de la tradition orale comorienne, est bien plus qu’une œuvre de fiction, c’est un traité de sagesse. À travers ces contes et nouvelles, l’auteur aborde des thèmes universels mais profondément ancrés dans le sol comorien : le courage, la résilience, l’humilité et l’amitié.
Oubeidillah M. Dhoimiri a insisté sur la rédemption et les valeurs familiales, tout en rendant un hommage à la femme comorienne. Son œuvre célèbre la force et l’amour maternel, érigeant la figure féminine en pilier de la survie sociale. « La littérature orale est le miroir de notre société, une sagesse vibrante capable d’inspirer une réflexion personnelle nécessaire à l'épanouissement de l’esprit », a-t-il affirmé, invitant l’assistance à redécouvrir la richesse de nos propres traditions. Le fait marquant de cette conférence, et sans doute le plus politique, fut l’usage exclusif du shikomori. Du début à la fin, les échanges, les analyses techniques et les débats philosophiques se sont déroulés en langue nationale. Pour l’auteur, revendiquer l’usage du shikomori est un acte de souveraineté intellectuelle. En s'exprimant ainsi, l'UDSCEM et l'écrivain ont prouvé que notre langue est capable de porter les concepts les plus complexes de la littérature et de la sociologie.
Le débat qui a suivi la présentation a montré l'urgence de tels espaces. Des figures comme l’érudit écrivain Azhar de Youssouf ont pris la parole pour encourager cette transmission, il a salué la littérature comme une “ école de la vie“ pouvant célébrer les valeurs et la sagesse comorienne. Des voix féministes se sont également élevées pour appeler à une instruction accrue, voyant dans la culture une mission de libération. En réponse à une interrogation sur sa vocation, l'auteur a laissé une leçon aux enfants présents : « Si aujourd'hui je suis écrivain, c'est parce que j'ai été un fervent lecteur pour commencer ! » L'événement s'est clos sur une note d'espoir. Mkazi, par cette initiative de l'UDSCEM, prouve que la redynamisation d'un centre culturel ne passe pas seulement par ses murs, mais par la force des idées qu'on y partage. Rendez-vous est pris pour le club de lecture, n'attendant plus que ses membres pour que les « trésors des îles » ne soient plus seulement dans les livres, mais dans les mains de chaque enfant de la ville.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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