La Gazette

des Comores

Portrait : Zamouanta Saïd Hamza « L’habillement permet de valoriser la personne »

Portrait : Zamouanta Saïd Hamza « L’habillement permet de valoriser la personne » © : HZK-LGDC

Du déclic de la classe de 5ème à la création de la marque ZAMODE, le parcours de Zamouanta Saïd Hamza est celui d’une femme qui a su transformer un héritage familial ancestral en une ambition contemporaine. Portrait d’une créatrice qui ne se contente pas d'habiller les corps, mais qui tisse l’avenir de l’artisanat aux Comores.


L’accueil est à l’image de ses créations, chaleureux et structuré. Lorsque s’ouvre la porte de son atelier, situé dans le quartier Oasis à Moroni, c'est un sourire rayonnant qui nous reçoit. L’ambiance y est studieuse mais vibrante. Le cliquetis des machines à coudre se mêle aux étoffes colorées qui jonchent les tables de coupe. Dans cet atelier, on ne fait pas que de la couture, on cultive un art de vivre. Pour Zamouanta Saïd Hamza, l’habit est sacré : « L’habillement permet de valoriser la personne dans son ensemble », confie-t-elle d'emblée.

 

Tout commence en 1994. Alors élève en classe de 5ème, la jeune Zamouanta profite de ses vacances pour suivre une formation d’initiation au village. Dans cet atelier traditionnel où sa tante l'a envoyée, elle se découvre un don. Là où les autres jeunes filles tâtonnent, elle assimile les gestes techniques et créatifs avec une rapidité déconcertante. Très vite, elle coud pour ses proches, gagne ses premiers cachets et goûte à une indépendance financière précoce. Pourtant, le chemin vers la mode sera sinueux. En 2004, malgré son désir de suivre une filière scientifique pour intégrer une école de stylisme, sa famille l'oriente vers la comptabilité. Elle s'exécute, décroche son diplôme au Maroc, et entame une carrière de gestionnaire.

 

Assistante comptable à Golfe-com, gestionnaire de produits dans une grande enseigne de supermarché, ou encore restauratrice... Zamouanta explore tous les secteurs. Mais au fond d'elle, la flamme ne vacille pas. Durant toutes ces années, la machine à coudre reste son refuge. « J'avais toujours ma machine, mes petites créations. À 90%, je portais mes propres vêtements », se souvient-elle. Mais sous le costume de la comptable bat le cœur de la créatrice. Elle ne se contentait pas de gérer des flux financiers, elle observait, apprenait les rouages de la logistique et de la gestion de produits, forgeant sans le savoir son futur profil de chef d'entreprise. Cette résilience n'est pas un hasard. Zamouanta est l'arrière-arrière-petite-fille de Bedja, l'illustre artisan sculpteur omanais qui a participé entre autres à bâtir la Grande Mosquée de Moroni. Elle ne se voit pas comme une artiste déconnectée, mais comme l'exploitante d'un héritage artisanal.

 

Le véritable tournant s'opère en 2016. Mère de cinq enfants, Zamouanta décide d'écouter enfin cet appel qui la poursuit depuis l'enfance. Elle quitte la sécurité des bureaux pour embrasser ce qu'elle appelle une « noble décision » : se lancer pleinement dans la mode. En 2017, elle ouvre son premier atelier au village, à Hantsambou. C'est le laboratoire de ses ambitions. Trois ans plus tard, en 2020, elle franchit un cap décisif en lançant sa marque ZAMODE et en installant son atelier-showroom au quartier Oasis à Moroni. Ce n'est plus seulement de la couture, c'est une griffe qui mêle héritage et modernité, une vitrine du prêt-à-porter comorien qui commence déjà à rêver d'ailleurs.

 

Son talent dépasse rapidement les frontières de l'archipel. De la "Fashion West" en Guinée Conakry aux défilés de Libreville, en passant par "African Celebrate" à Addis-Abeba, Paris ou encore l'île de la Réunion pour un salon de mariage, Zamouanta porte haut les couleurs du prêt-à-porter de notre archipel. Aujourd'hui, présidente de l'Amicale des Artisans Comoriens, elle se bat pour la professionnalisation du secteur. Si elle salue les avancées récentes, comme le code de l'artisanat soutenu par le ministre Dr Daniel Ali Bandar, elle pointe avec lucidité les freins : manque de main-d'œuvre qualifiée, taxes douanières élevées sur les tissus et frilosité des banques.

 

Sa plus grande fierté reste la transmission. En 2025, via un projet d’Expertise France, elle a contribué à former 45 jeunes. Son ambition ? Identifier les talents et les rendre autonomes. Car pour elle, la couture n'est pas qu'un métier, c'est une mission de leadership. À ceux qui hésitent à franchir le pas, elle lance un message vibrant : « Il n’y a pas meilleur travail que d’être créateur. Croyez en vous, suivez votre passion quand elle vous appelle ! » Entre deux rendez-vous et un nouveau patron à dessiner, Zamouanta  continue de booster ses objectifs, avec cette certitude tranquille que le talent, lorsqu'il est allié à la persévérance, finit toujours par dessiner les plus beaux destins.

 

Hamdi Abdillahi Rahilie

 


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