À Mahajanga, le 26e Hawuli de Cheikh Ali Mohamed Kombo ravive la mémoire spirituelle et patrimoniale des communautés comorienne et musulmane. La ville de Mahajanga a accueilli, du 13 au 15 août 2026, la commémoration du 26e Hawuli (Ziyara) de Cheikh Ali Mohamed Kombo, connu sous le nom de Fundi Tchépé. L’événement religieux a réuni d’importantes délégations venues des Comores, de Mayotte, de La Réunion, de France ainsi que de plusieurs régions de Madagascar. Au-delà des cérémonies religieuses, cette rencontre a également été l’occasion d’échanges sur l’avenir de la confrérie Chadhuliya et sur la préservation du patrimoine historique, religieux et culturel des communautés comorienne et musulmane établies à Madagascar.
Une importante mobilisation autour de la mémoire de Cheikh Tchépé
Les cérémonies ont rassemblé des délégations venues notamment de Grande-Comore, d’Anjouan, de Mayotte, de La Réunion et de France. Une délégation de 120 hommes et femmes est notamment venue d’Anjouan. Du côté de Madagascar, des représentants d’Antananarivo, de Nosy Be, de Diego-Suarez et d’autres régions ont également pris part aux différentes activités. Cette mobilisation illustre la dimension régionale de la commémoration et l’importance que conserve la mémoire spirituelle de Cheikh Ali Mohamed Kombo auprès de nombreuses communautés musulmanes de Madagascar et de l’archipel des Comores.
Trois jours de cérémonies religieuses
Le programme a débuté le jeudi 13 août avec la cérémonie officielle d’ouverture. Le vendredi 14 août, les participants ont notamment pris part au Mawlid « Charaf Al-Anam », organisé pour les femmes chez Oustadh Elhad, ainsi qu’à l’Ikamat Al-Hadhra pour les hommes à la mosquée Chadhouli. Le samedi 15 août, une Hitma consacrée à la récitation du Coran s’est tenue à la mosquée Tchépé, également connue sous le nom d’Al-Azhar. Une activité de Djamhour a été organisée pour les femmes au Madrassat Foundi Hichat, avant une nouvelle séance d’Ikamat Al-Hadhra à la mosquée du Vendredi. Les différentes cérémonies se sont déroulées dans une atmosphère de recueillement, de spiritualité et de fraternité entre les délégations participantes.
Des interventions consacrées à l’héritage de Cheikh Tchépé
Plusieurs personnalités religieuses et intellectuelles ont pris la parole au cours des cérémonies organisées notamment à la mosquée Al-Azhar et à la mosquée du Vendredi. Le Cadi Abdoulfatah a présenté un exposé consacré à la vie de Cheikh Ali Mohamed Kombo, à son parcours, à son œuvre éducative et à son héritage spirituel. Un ancien ministre comorien des Sports a, pour sa part, évoqué les qualités humaines attribuées à Cheikh Tchépé, notamment sa modestie, sa tolérance, son respect d’autrui et son engagement au service de la communauté.
Hachim Mohamed Abdallah, secrétaire général de la Confrérie Chadhuliya au sein de la Zawiya Al-Maarouf, a présenté une communication intitulée « Le soufisme dans le Coran et la Sunna et son évolution depuis l’époque du Prophète Mohammed jusqu’à nos jours ». Son intervention a notamment porté sur la purification de l’âme, la sincérité envers Allah, l’excellence dans l’adoration, la bonne moralité, l’amour fraternel, la tolérance et la transmission de l’éducation spirituelle entre les générations. Il a également transmis aux participants un message de Cheikh Mohamed Maarouf Saïd Abdallah, Moukaddim Al-Moukaddimina et Cheikh de la Zawiya Al-Maarouf, appelant notamment à la paix, à la réconciliation, au respect mutuel, à l’unité et à la responsabilité. Le Grand Cadi Hadji Mohamed Toiouilou Ali a également adressé un message de bienvenue aux délégations. Il a insisté sur la nécessité de préserver les valeurs religieuses et sociales ainsi que le patrimoine culturel et historique transmis par les générations précédentes.
La préservation du patrimoine au cœur des discussions
Au cours de son séjour à Mahajanga, Hachim Mohamed Abdallah a tenu plusieurs séances de travail avec le Grand Cadi Hadji Mohamed Toiouilou Ali, dont deux en présence d’Oustadh Ahmed Abdillah Oumouri. Les discussions ont notamment porté sur la situation actuelle de la confrérie Chadhuliya à Madagascar, la formation des jeunes, la transmission de l’éducation spirituelle, la protection des biens immobiliers et l’établissement d’un inventaire des sites historiques et religieux. Les participants ont également échangé sur la situation du patrimoine comorien à Madagascar depuis les événements de 1977 jusqu’à aujourd’hui. Ces rencontres ont permis d’envisager les premières orientations d’un futur plan d’action consacré à la protection de ce patrimoine.
Des visites de sites historiques
Deux visites de terrain ont par ailleurs été organisées à Mahajanga et dans ses environs. Elles ont notamment réuni des responsables religieux et communautaires ainsi que le chercheur comorien Abdoulbastoi Ahmed, doctorant en anthropologie à l’Université de La Réunion. Les visites ont permis d’observer plusieurs sites liés à la mémoire des communautés comorienne et musulmane, notamment des fosses communes de victimes des événements tragiques de 1977, des lieux de mémoire liés au « Kafa », des cimetières des victimes du « Samson » ainsi que plusieurs anciens cimetières de Comoriens et de musulmans de Mahajanga.
Des sites confrontés à des problèmes de conservation
Les constats dressés au cours de ces visites font apparaître plusieurs difficultés : dégradation de certains sites historiques, manque d’entretien, absence de clôtures et de plaques d’identification, détérioration de certaines tombes et stèles, ainsi que des risques liés à l’occupation ou à l’appropriation de certains terrains. Le rapport relève également l’absence d’un inventaire général et actualisé des mosquées, zawiyas, écoles coraniques, cimetières, terrains communautaires, bâtiments historiques et lieux de mémoire liés aux communautés comorienne et musulmane. La disparition progressive des anciens et des témoins des événements historiques est également présentée comme un enjeu important pour la transmission de la mémoire collective.
Vers une commission de sauvegarde du patrimoine
Face à ces constats, plusieurs pistes ont été proposées, notamment la création d’une commission permanente chargée de la sauvegarde du patrimoine historique, religieux et culturel des Comoriens et des musulmans de Madagascar. Cette commission pourrait associer autorités religieuses, représentants communautaires, historiens, chercheurs, représentants de la confrérie Chadhuli, juristes et jeunes chercheurs universitaires. La réalisation d’un inventaire général des biens et sites historiques figure également parmi les propositions. Chaque site pourrait faire l’objet d’une fiche précisant sa localisation, son histoire, son statut juridique, son état actuel et les risques auxquels il est exposé. La protection des cimetières, la création d’un centre de documentation consacré à l’histoire des Comoriens à Madagascar et de la confrérie Chadhouli, ainsi que la numérisation des archives et la collecte des témoignages oraux figurent également parmi les pistes avancées.
Un appel à renforcer la coordination
Les recommandations formulées concernent également les autorités de l’Union des Comores, les responsables religieux et sociaux, la confrérie Chadhuliya ainsi que les chercheurs et les universités. Elles portent notamment sur la sauvegarde du patrimoine historique, le renforcement des structures communautaires et religieuses, la coordination entre les différentes zawiyas, la documentation de l’histoire des grands cheikhs et la réalisation de recherches universitaires sur l’histoire des Comoriens à Madagascar et les confréries soufies dans l’océan Indien. Une rencontre élargie réunissant autorités religieuses, représentants communautaires, chercheurs et autorités concernées est également proposée afin d’examiner l’état du patrimoine, les risques encourus et les moyens de mettre en place un plan d’action commun.
Une commémoration qui dépasse le cadre religieux
La 26e Ziyara de Cheikh Ali Mohamed Kombo aura ainsi constitué non seulement un moment de recueillement et de rassemblement spirituel, mais également un espace de dialogue sur la mémoire historique et le patrimoine des communautés comorienne et musulmane de Madagascar. La mission effectuée à Mahajanga du 13 au 25 août 2026 a permis de mettre en lumière les liens religieux, culturels et historiques qui unissent les communautés de l’océan Indien. Elle a également fait ressortir la nécessité de préserver les sites, les archives, les cimetières et les témoignages qui constituent une partie de cette mémoire collective. La sauvegarde de ce patrimoine apparaît désormais, selon les recommandations issues de cette mission, comme un chantier nécessitant la mobilisation des autorités, des responsables religieux, des chercheurs, des communautés et des institutions concernées.
Hachim MOHAMED ABDALLAH
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