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des Comores

Tribune Saïd Omar Allaoui : Mayotte, au-delà des certitudes

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Tribune Saïd Omar Allaoui : Mayotte, au-delà des certitudes © : HZK-LGDC

Dans "Mayotte : la question !", publié chez L’Harmattan, le journaliste et diplomate comorien Saïd Omar Allaoui revient sur un différend qui traverse l’histoire des Comores depuis près d’un demi-siècle. Son parcours nourrit une réflexion qui ne s’arrête ni au rappel du droit ni au constat des blocages.


Sur Mayotte, les positions sont connues. Figées. Moroni revendique l’intégrité territoriale de l’archipel ; Paris maintient son choix de départementalisation. Entre les deux, les décennies passent, les tensions persistent et les solutions s’éloignent. C’est cette impasse que Saïd Omar Allaoui invite à regarder en face dans Mayotte : la question !, paru en mai 2024 aux éditions L’Harmattan, avec une préface de Bernard Idelson.

 

Le parcours de l’auteur donne du poids à cette démarche. Fondateur et directeur de La Gazette des Comores, ancien directeur et rédacteur en chef d’Al-Watwan de 1985 à 1989, il a également travaillé aux Affaires étrangères et exercé les fonctions d’ambassadeur itinérant dans le sud-ouest de l’océan Indien, notamment durant la crise séparatiste anjouanaise. Formé à l’histoire contemporaine à l’Université de Nantes et diplômé de l’Institut des hautes études internationales de Paris, il aborde ce dossier à la croisée du journalisme, de l’histoire et de la diplomatie.

 

Dans un entretien accordé à La Gazette des Comores le 23 juillet 2024, peu après la sortie du livre, il résume son approche par cette formule choc : « Il faut oser affronter […] la dictature du réel ! » Le propos donne le ton. Il ne s’agit pas de répéter inlassablement le même discours sur la revendication comorienne, mais de mesurer les obstacles qui se dressent devant elle et de réfléchir aux moyens de les surmonter ou de les contourner. Le refus de la France d’ouvrir le dialogue, tout en exigeant des Comores qu’elles gardent le silence sur la question, illustre l’un de ces obstacles.

 

De la séparation de l’archipel en 1975 à la départementalisation, du visa Balladur à la récente opération Wuambushu, l’ouvrage revient sur les étapes qui ont façonné le différend franco-comorien. Il en examine également les dimensions géopolitiques, dans une région où les enjeux de puissance et les intérêts énergétiques autour du canal du Mozambique dépassent largement la seule question mahoraise. Dans cette partie du monde, réputée zone de paix, la France, la Russie, la Chine et les États-Unis cherchent à renforcer leur position.

 

Allaoui s’interroge aussi sur les Comores elles-mêmes. Dans le même entretien, il affirme que le développement de l’Union des Comores […] sera le facteur déterminant. Cette affirmation, qui peut nourrir le débat, renvoie à une réalité politique : la défense d’une revendication historique ne peut reposer uniquement sur les arguments juridiques et les démarches diplomatiques. Elle suppose aussi un État solide, une économie plus forte et une parole respectée sur la scène internationale.

 

C’est là que la réflexion de l’auteur prend toute sa portée. Le dossier de Mayotte ne se résume pas à un face-à-face entre deux souverainetés revendiquées. Il pose également la question de la capacité des Comores à créer les conditions politiques, économiques et diplomatiques d’une évolution. Le droit international demeure un fondement essentiel de la position comorienne ; encore faut-il réfléchir aux moyens de lui donner une traduction concrète et de faire avancer le règlement du différend.

 

Près d’un demi-siècle après la séparation de l’archipel, Mayotte : la question ! mérite l’attention des lecteurs comoriens, des chercheurs, des étudiants et des diplomates. Non parce qu’il apporterait une solution définitive à un différend complexe, mais parce qu’il invite à examiner ce que les discours officiels laissent parfois dans l’ombre : les blocages, les rapports de force et les responsabilités propres à chaque acteur.

 

Ce livre mérite justement d’être référencé dans les bibliothèques universitaires et de trouver sa place dans les travaux de recherche consacrés à la question de Mayotte. »

 

Car la question de Mayotte reste entière. Celle des moyens de la résoudre tarde à trouver des réponses concrètes. C’est aussi pour cette raison que le livre de Saïd Omar Allaoui mérite d’être lu.

 

Triple A Communication

 

Source des citations : entretien de Saïd Omar Allaoui avec Andjouza Abouheir, « Il faut oser affronter, comme dirait Lénine, la dictature du réel ! », La Gazette des Comores, 23 juillet 2024.


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