Au lendemain de l'inscription des médinas historiques des Comores sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, le président Azali Assoumani a livré, samedi à Busan, un véritable plaidoyer pour l'histoire, l'identité et l'avenir de son pays.
Face aux représentants des États membres du Comité du patrimoine mondial, le chef de l'État a choisi de s'éloigner du langage diplomatique pour parler en héritier.
« Je ne suis pas seulement le chef d'un État », a-t-il confié. « Je suis, comme chacun de mes compatriotes, l'héritier de ces palais, de ces mosquées et de ces places publiques. »
Une manière de donner une dimension personnelle à ce qui constitue désormais l'une des plus importantes reconnaissances internationales obtenues par les Comores.
Le président a présenté l'inscription des médinas de Moroni, Iconi, Itsandra, Ntsoudjini, Mutsamudu et Domoni comme la consécration d'une histoire longtemps méconnue. Selon lui, ces cités témoignent du rôle central joué par l'archipel dans les échanges entre l'Afrique orientale, le monde arabo-persan, l'Inde et l'Asie du Sud-Est. « Nous avons été la mondialisation avant l'heure », a-t-il résumé, faisant des Comores un ancien carrefour des civilisations de l'océan Indien.
Au-delà de la reconnaissance patrimoniale, Azali Assoumani a donné une portée politique à cette décision de l'UNESCO. Pour lui, cette inscription rétablit le récit historique d'un pays souvent perçu comme périphérique alors qu'il fut, durant plusieurs siècles, un espace de commerce, de gouvernance et de dialogue entre les cultures. Il a ainsi présenté cette reconnaissance comme « une affirmation de souveraineté sur notre propre récit ».
Le chef de l'État a également insisté sur les perspectives économiques ouvertes par cette inscription. Il a évoqué le développement du tourisme patrimonial, la création de nouveaux métiers liés à la conservation, à la médiation culturelle et à la restauration des bâtiments anciens, estimant que ce patrimoine devait devenir un levier de croissance au bénéfice des populations locales.
Cette ambition s'accompagne d'engagements concrets. Le gouvernement prévoit d'élaborer un plan de gestion pour chacune des six médinas conformément aux exigences de l'UNESCO, de renforcer la formation des spécialistes du patrimoine et de créer un Centre national de conservation des arts et de la culture.
Les communautés locales seront, a-t-il assuré, associées à la gouvernance des sites afin que leur protection demeure compatible avec les usages et les traditions qui les font vivre.
Le président a également replacé cette réussite dans une dynamique régionale, affirmant que les Comores souhaitent partager leur expérience avec les autres pays de l'océan Indien engagés dans des démarches similaires de valorisation de leur patrimoine historique.
Une large partie de son intervention a été consacrée aux remerciements. Azali Assoumani a salué le soutien de la Fondation ALIPH, de l'École de Chaillot, de l'Institut national du patrimoine de France, des Compagnons du Devoir, ainsi que celui de la France, de l'Arabie saoudite et du Sultanat d'Oman.
Il a réservé une mention particulière à l'ambassadeur des Comores auprès de l'UNESCO, le Dr Kassim Mohamed-Soyir Bajrafil, et à son équipe, artisans de cette candidature menée durant plusieurs années.
Dans un passage particulièrement adressé aux Comoriens, le chef de l'État a invité ses compatriotes, au pays comme dans la diaspora, à continuer de faire vivre leurs médinas. Selon lui, leur valeur ne réside pas seulement dans leurs monuments mais dans les pratiques quotidiennes qui s'y perpétuent : les prières, les mariages, les places publiques, les traditions et la transmission de la mémoire.
Enfin, profitant de la visibilité offerte par cette consécration mondiale, Azali Assoumani a lancé un appel aux États partenaires et aux investisseurs internationaux. Les Comores souhaitent désormais transformer cette reconnaissance culturelle en opportunité de développement durable, en mobilisant des financements, des compétences et des partenariats capables d'accompagner la restauration, la mise en valeur et l'attractivité des six cités historiques.
Par ce discours, le président n'a pas seulement célébré une victoire diplomatique. Il a tenté d'inscrire l'entrée des médinas comoriennes au patrimoine mondial dans une vision plus large : celle d'un pays qui entend désormais faire de son histoire un moteur de son développement, de son rayonnement international et de son unité nationale.
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