À quelques semaines des assises pour le bilan de la réconciliation nationale prévu le 17 février, et dans un climat déjà marqué par de fortes crispations, une décision du préfet de Fomboni interdisant les réunions politiques restreintes à domicile fait polémique. L’opposition dénonce une mesure liberticide et anticonstitutionnelle, tandis que l’administration invoque le maintien de l’ordre public.
La décision est tombée le 8 janvier 2026. Par un document officiel largement diffusé, le préfet du Centre, basé à Fomboni, a interdit « toute réunion restreinte à caractère politique à domicile » sur l’ensemble de sa zone de compétence territoriale. La mesure, adressée notamment aux principales figures de l’opposition de l’île, a immédiatement suscité une vague de réactions indignées à Mohéli.
Dans le courrier signé par le préfet Kamardine Mohamed, il est précisé : « J’ai l’honneur de venir par la présente, en ma qualité de préfet du Centre, représentant déconcentré de l’État et au nom du ministère de tutelle et des autorités de l’île, vous signifier désormais qu’aucune réunion restreinte politique ne peut se tenir dans les domiciles de notre zone de délimitation territoriale. » Une formulation qui, pour beaucoup d’acteurs politiques, pose de sérieux problèmes au regard des libertés fondamentales garanties par la Constitution.
Cette décision intervient dans un contexte politique particulièrement tendu à Mohéli. Les opposants au régime du président Azali Assoumani réclament avec insistance le respect de la présidence tournante en 2026 au profit de Mohéli, ainsi qu’une autonomie élargie des îles, telle que prévue par la Constitution de 2001 (révisée en 2018). À cela s’ajoute l’approche du 17 février, date symbolique marquant la commémoration de lAccord-cadre de réconciliation de Fomboni.
À cette occasion, le chef de l’État a annoncé la tenue d’assises nationales à Mohéli afin, selon ses termes, de « dresser le bilan de la réconciliation nationale ».
C’est dans ce climat chargé que l’interdiction des rassemblements politiques à domicile a été perçue par l’opposition comme une tentative d’étouffer le débat politique. Lors d’un point de presse tenu ce vendredi, Dr Abdou Djabir et le doyen Mohibaca Baco, s’exprimant au nom du mouvement La Voix de Mohéli, ont fermement dénoncé une décision qu’ils qualifient d’« anticonstitutionnelle, illégale et honteuse ».
« Nous ne pouvons pas accepter une telle mesure qui viole clairement les libertés d’expression et de réunion », a déclaré Dr Abdou Djabir, appelant les autorités à revenir sur une décision qu’il juge dangereuse pour la cohésion sociale et la démocratie locale.
L’ancien député de la nation a adopté un ton encore plus ferme. « J’ai répondu par courrier au préfet pour lui signifier que je ne suis pas d’accord. Je continuerai à organiser mes réunions chez moi et j’attends de pied ferme les forces de l’ordre. S’ils s’obstinent à m’en empêcher, ils assumeront les conséquences », a-t-il averti, assumant ouvertement un bras de fer avec l’administration.
Alors que les autorités invoquent implicitement le maintien de l’ordre public, l’opposition y voit une restriction abusive des libertés politiques. À Mohéli, cette décision préfectorale risque ainsi d’exacerber davantage les tensions et d’alimenter un climat déjà explosif, à l’approche d’échéances politiques majeures pour l’île et pour l’Union des Comores.
Riwad
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