La Gazette

des Comores

Nouveau régime à Madagascar : Le faux pas de Moroni

Nouveau régime à Madagascar : Le faux pas de Moroni © : HZK-LGDC

Alors que les représentants des grandes puissances mondiales se sont empressés pour honorer par leur présence la cérémonie d’investiture du nouvel homme fort de Madagascar, Moroni a choisi la chaise vide. Une stratégie qui résonne comme une remise en cause de la légitimité des nouvelles autorités, pourtant issues d’une révolte portée le peuple.


Si le nouveau régime de Madagascar a noté avec satisfaction la présence de la France, l’Allemagne, les États-Unis ou encore l’Union Européenne, l’absence de l’ambassadeur des Comores à Antananarivo à la cérémonie d’investiture de Michael Randrianirina, nouvel homme fort du pays, pourrait être interprétée comme une remise en question de la légitimité des nouveaux dirigeants. Alors que la dernière communication officielle de Moroni à ce sujet évoquait un « changement anticonstitutionnel », l’ancien ministre des affaires étrangères Fahmi Saïd Ibrahim, estime que Moroni a « mal interprété » les évènements qui ont provoqué la chute du régime de Rajoelina. « L’armée malgache n’a pas commis un coup d’État au sens classique du terme. C’est la jeunesse malgache qui est descendue dans la rue pour exiger une amélioration de ses conditions de vie, nous en avons tous été témoins ».

 

A ses yeux, la chute de Rajoelina n’est pas une rupture de l’ordre constitutionnel mais une réponse institutionnelle à une crise politique prolongée. Cette lecture, plus nuancée que celle adoptée par l’Union Africaine, aurait pu permettre aux Comores d’endosser un rôle constructif. « Notre pays aurait pu se montrer plus conciliant et proposer sa médiation », plaide l’ancien chef de la diplomatie. En se privant d’une telle initiative, Moroni a en effet laissé passer une chance de se réaffirmer sur la scène régionale. La comparaison avec les grandes puissances présentes à Antananarivo est cruelle. La France, l’Allemagne et même la Chine ont compris que la stabilité de Madagascar prime sur les considérations procédurales. Les Comores, quant à elles, se sont réfugiées derrière la ligne prudente de l’Union Africaine, qui a suspendu Madagascar de ses instances. Une position que d’aucuns jugent trop docile. « Nous aurions pu plaider notre propre lecture auprès de l’UA », soutient Fahmi Saïd Ibrahim. « Notre absence nous prive désormais d’une opportunité de médiation ».

 

Du coté de Beit-Salam, la prudence reste le mot d’ordre. Un collaborateur du chef de l’État Azali Assoumani, sous couvert d’anonymat, confie : « Nous marchons sur des œufs. Il ne serait pas prudent d’afficher une position tranchée ». Cette posture traduit une peur de déplaire à un pays qui, depuis 2021, multiplie les actes hostiles vis-à-vis de Moroni. Or, comme le souligne l’ancien ministre de l’intérieur Mohamed Daoudou, cette hésitation prend le contrepied de l’urgence de réchauffer les relations bilatérales sérieusement mises à mal par le régime de Rajoeiline. « Nous n’avons pas une diplomatie, encore moins un État », lâche sans détour le surnommé Kiki. Pour cet opposant et chef de file du parti Orange, cette absence n’est pas seulement une erreur protocolaire, mais « une attitude inamicale » envers Antananarivo. Et d’ajouter, non sans trait d’ironie : « S’il y a un chef d’État qui souffre d’un déficit de légitimité, ce n’est pas celui de Madagascar... »

 

Moroni a choisi de se tenir à l’écart là où la communauté internationale s’était largement déplacée pour saluer la nouvelle ère politique à Antananarivo. Une position d’autant plus surprenante que le Maroc et l’Égypte, pourtant membres de l’Union africaine, ont assisté à la cérémonie malgré la suspension de Madagascar des instances de l’organisation panafricaine. L’histoire retiendra peut-être que, par peur de mal faire, Moroni a choisi de ne rien faire. En diplomatie, l’absence en dit souvent plus que la présence. Et dans ce cas précis, elle traduit non pas la neutralité, mais l’isolement.

Toufé Maecha

 

 

 

 

 

 


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