L’arrestation du secrétaire du parti Ridja-Pactef, Mohamed Ibrahim Moindjié, ainsi que de trois de ses camarades, alimente une vive polémique autour de la liberté d’expression et du droit à la contestation politique. Les quatre hommes ont été interpellés le dimanche 2 novembre dernier, puis placés en garde à vue à la Brigade de recherches de la gendarmerie nationale.
Selon les autorités, cette arrestation serait liée à une tentative de trouble à l’ordre public. Le capitaine Toilib Said, commandant de compagnie de la gendarmerie de Ngazidja, affirme que Mohamed Ibrahim Moindjie et Ahmed-Hachim Said Hassane pour ne citer que ceux-là, ont été arrêtés « parce qu’ils ont voulu perturber l’ordre public en lançant un appel à manifestation ». Notre interlocuteur va un peu plus loin en osant affirmer que « rien que l’idée de vouloir organiser une manifestation est passible de garde à vue ». Il a également confirmé que les personnes arrêtées ont été « transférées au parquet », où leur cas est examiné. Une déclaration qui en dit long sur la crispation du pouvoir face à toute initiative citoyenne de protestation à caractère politique ou sociale.
De son côté, Me Said Larifou, président du Ridja-Pactef, dénonce une arrestation « arbitraire et politiquement motivée ». Il soutient que le secrétaire général de son parti, Mohamed Ibrahim Moindjie, « était simplement présent à un rassemblement à l’appel du mouvement Gen Z 269 à Mitsamihuli, sans y jouer un rôle d’organisateur ». Il déplore l’ « opacité totale » qui entoure cette affaire : « Ni la famille, ni les amis, ni même les avocats n’ont pu le voir ou connaître les véritables raisons de son arrestation », s’insurge-t-il. Selon lui, aucune notification officielle de la gendarmerie n’a été communiquée, et le délai légal de garde à vue qui est de 24 heures renouvelable une fois, a été largement dépassé. Cette affaire illustre une fois de plus les tensions croissantes entre les autorités et les mouvements d’opposition. Depuis plusieurs mois, des militants politiques et des membres de la société civile dénoncent une stratégie d’intimidation systématique visant à réduire au silence toute voix critique. Les arrestations du week-end dernier s’inscrivent ainsi dans une série de mesures répressives qui interrogent le respect des droits fondamentaux et de la légalité républicaine aux Comores.
Rappelons qu’il y’a à peine deux semaines, Ahmed-Hachim Said Hassane et Fahardine Msahazi, tous deux partisans du mouvement de la société civile Rilemewa, avaient également été interpellés pour avoir lancé un appel à manifestation à la place de l’Indépendance. Des arrestations répétées qui laissent craindre une volonté claire du pouvoir d’étouffer toute forme de contestation politique. Alors que le pays s’approche d’échéances politiques sensibles, cette succession d’arrestations renforce le sentiment que le pouvoir cherche à verrouiller l’espace public et à décourager toute expression critique. Pour de nombreux observateurs, cette affaire n’est pas seulement judiciaire, elle révèle une tendance du pouvoir à empêcher toute contestation, préférant la répression au dialogue.
Mohamed Ali Nasra
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