Quand tombe le diagnostic d'un cancer du sein ou du col de l'utérus, c'est une profonde détresse. Comment accompagner ces femmes dans cette souffrance quand voir un psychologue est un luxe plus ou moins inaccessible ? C'est tout l'enjeu de l'association comorienne de lutte contre le cancer féminin (ACCF). Faute de structure psychologique formelle, l'association se sert d'un modèle de résilience basé sur la solidarité. Sa présidente, Zahara Abdallah, nous explique un dispositif de pair-aidance qui pallie l'urgence, entre isolement, précarité et même besoin de spiritualité. Interview.
Question : Concrètement, comment se fait la prise en charge psychologique après l'annonce du diagnostic au sein de l'ACCF ?
Zahara Abdallah : On peut dire qu'on n'a pas de structure formelle mise en place. Mais comme nous avons au sein de l'association des malades guéries, pour nous ce sont les meilleures qui puissent jouer le rôle de psychologues. Quand on vient de dépister une femme, pour un cancer du sein par exemple, la première chose que nous faisons, c'est de la mettre en contact avec l'une de nos anciennes patientes. Pour discuter, pour lui expliquer, pour lui donner de l'espoir, parce que ce sont des personnes qui ont traversé les mêmes épreuves. Pour les malades en cours de traitement, je fais la même chose. On les met en relation pour expliquer les stades de la chimiothérapie, la radiothérapie, les examens de biologie, tout ce qu'on va leur faire pendant leur séjour. Nos malades partent à Madagascar ou à Dar es Salam, ce ne sont pas les mêmes traitements, pas tout à fait la même procédure, mais c'est presque pareil. L'essentiel est de leur expliquer que c'est un traitement qui est bon, qui nécessite beaucoup de courage, de patience, et aussi de prier Dieu pour qu'il les accompagne dans ces moments très difficiles.
Question : Quelles sont les principales difficultés psychologiques observées et vos propres obstacles pour assurer cet accompagnement ?
Z.A : Au-delà de l'isolement, la précarité financière rend la situation encore plus lourde à porter. La dernière fois, j'ai été appelée en pleine nuit par une patiente en grande détresse. Son mari était rentré aux Comores pour préparer la rentrée des enfants, elle se retrouvait seule, enfermée entre quatre murs, en larmes. J'ai alors contacté l'une de nos patientes aujourd'hui guérie et je lui ai transmis son numéro. Elle a pris le relais avec beaucoup de bienveillance, en l'appelant régulièrement pendant plusieurs semaines. Dans les cas très graves, en stade terminal, nous faisons appel à notre Fundi Hadidja. C'est une femme religieuse qui prêche à Moroni. Nous allons ensemble au chevet de la malade. Son soutien va bien au-delà d'une simple présence. Elle prie avec elle, la conseille, la réconforte en parlant de la famille et aborde avec douceur la question de la mort à la lumière de notre foi musulmane. Pour nous, dans notre culture et notre vécu de musulmans, cette dimension est essentielle
Sur le plan professionnel, nous avons aussi bénéficié d'une mission de Douleurs Sans Frontières pour une formation en soins palliatifs. Nous sommes également appuyées par la Coach Batouli Tadjidine, qui intervient à distance comme en présentiel. Mais le principal obstacle reste financier. Une séance chez le psychologue coûte 10 000 francs, et toutes ne bénéficient pas d'une assurance maladie. Elles ont besoin d'argent pour l'ensemble de leur parcours de soins, et c'est une grosse charge.
Question : Que faudrait-il renforcer pour une meilleure prise en charge à long terme ?
Z.A : Nous nous disons souvent qu'il n'y a pas de meilleur soutien qu'une ancienne patiente qui a elle-même traversé des moments difficiles et qui est aujourd'hui guérie. Mais nous en avons conscience, cela ne suffit pas : ce ne sont pas des professionnelles à proprement parler. À ce jour, l'ACCF ne dispose ni de locaux propres ni de financements suffisants. Parmi nos objectifs, dès que nous aurons un local et des moyens plus stables, c'est de structurer un dispositif d'accompagnement psychologique digne et accessible pour les patientes, afin que le coût du suivi ne repose plus intégralement sur elles.
Propos recueillis par Hamdi Abdillahi Rahilie
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