La Journée mondiale sans tabac a été célébrée chez nous ce mardi 9 juin, en différé et en présence du ministre de la santé, Ahamadi Sidi, de la Représentante de l’OMS Dr Nkurunziza Triphonie, de représentants du ministère de l’Intérieur, de l’ONG ACATA (association comorienne anti-tabac) ainsi que de la presse locale. À cette occasion, les autorités et leurs partenaires ont alerté sur la progression de la dépendance à la nicotine et appelé à faire du sevrage tabagique, une priorité nationale.
Dans son intervention, le ministre de la Santé a rappelé que « les données nationales sur les facteurs de risque des maladies non transmissibles montrent qu’environ 13 % de la population adulte consomme du tabac fumé, avec une prévalence plus élevée chez les hommes, estimée à 23 % ». La consommation de tabac sans fumée reste également préoccupante, atteignant 18,4 %. Des chiffres datant de 2011 qui, selon lui, « rappellent que le tabagisme demeure un problème de santé publique qui nécessite une vigilance permanente ».
De son côté, la Représentante de l’OMS, Dr Nkurunziza Triphonie, a relayé le message du Directeur régional pour l’Afrique en insistant sur les bénéfices rapides de l’arrêt du tabac. « Après l’arrêt, le corps commence à récupérer en quelques minutes, et le risque de maladies cardiovasculaires diminue fortement au bout d’un an. De plus, près de 60 % des consommateurs de tabac souhaitent arrêter », a-t-elle souligné.
Cette mobilisation intervient dans le cadre du thème 2026 « Démasquons les tactiques de séduction, luttons contre la dépendance à l’égard du tabac et contre l’addiction nicotinique », lequel met en évidence les stratégies de l’industrie pour attirer de nouveaux consommateurs, notamment les adolescents.
Au niveau mondial, l’OMS estime que 40 millions d’adolescents âgés de 13 à 15 ans consomment du tabac et que 15 millions utilisent déjà la cigarette électronique. Dans les pays où des données existent, les jeunes ont en moyenne neuf fois plus de risques de vapoter que les adultes. Souvent rendus attractifs par des arômes et un marketing ciblé, ces produits progressent aussi en Afrique, où plus de 6 % des adolescents sont concernés.
Dans notre archipel, les autorités sanitaires signalent une augmentation de l’exposition des jeunes au tabac et aux produits nicotiniques, en lien avec la publicité et l’arrivée de nouveaux produits. Le pays dispose toutefois d’un cadre réglementaire avec la ratification en 2006 de la Convention-cadre de l’OMS et l’adoption d’une loi nationale en 2011, même si des défis subsistent dans sa mise en œuvre.
Sur le terrain, le besoin d’accompagnement est réel. « J’ai commencé au lycée avec mes amis. Aujourd’hui, je veux arrêter, mais je ne sais pas comment faire », témoigne Mmadi, 19 ans à Moroni. À Anjouan, Salama, 17 ans explique : « On pensait que la cigarette électronique était moins dangereuse. Maintenant, j’ai du mal à m’en passer. »
Certains parents prennent également des mesures pour protéger leurs enfants. « Quand mon fils a eu 6 ans, j’ai décidé d’arrêter de fumer pour ne pas lui donner le mauvais exemple. Je ne voulais pas qu’il grandisse en pensant que fumer est normal », confie Soilihi, père de famille à Mitsamiouli.
Face à cette situation, les autorités sont appelées à renforcer la réponse nationale en mettant en place des services de sevrage tabagique accessibles, incluant conseils professionnels et accompagnement adapté, notamment pour les jeunes. Sans ces dispositifs, de nombreux fumeurs risquent de rester sans soutien malgré leur volonté d’arrêter.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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