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Lutte contre la tuberculose : Dr Aboubacar Mzembaba : « Ensemble, nous pouvons mettre fin à la maladie »

Lutte contre la tuberculose : Dr Aboubacar Mzembaba : « Ensemble, nous pouvons mettre fin à la maladie » © : HZK-LGDC

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, célébrée le 24 mars, les Comores font le point sur les avancées de leur programme national. Entre défis logistiques et succès thérapeutiques, le Dr Aboubacar Mzembaba, Coordonnateur National, nous livre un état des lieux sans détour, pour éliminer cette maladie et l'importance cruciale d'un dépistage précoce pour briser la chaîne de transmission.


Question : Dr Aboubacar Mzembaba, vous êtes le Coordonnateur National du Programme de lutte contre la Tuberculose en Union des Comores. Le 24 mars est célébré chaque année comme la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose. Pourquoi cette journée est-elle importante ? 

 

Dr A.M : La Journée mondiale de lutte contre la tuberculose est un moment important pour faire le point sur les actions menées et les progrès réalisés. Elle constitue également une occasion de renforcer le plaidoyer auprès des décideurs, partenaires et communautés afin de mobiliser davantage d’efforts pour éliminer la tuberculose. Le thème de cette année, « Oui ! Nous pouvons mettre fin à la tuberculose ! Menée par les pays, portée par les populations », rappelle que la lutte doit être conduite avec un leadership national fort, tout en impliquant les communautés. Aux Comores, cela signifie renforcer l’engagement des autorités sanitaires, des agents de santé et de la population afin de détecter rapidement les cas, assurer une prise en charge efficace et prévenir la transmission de la maladie. 

 

Question : Quelle est la situation actuelle de la tuberculose aux Comores ?

 

Dr A.M : En 2025, 140 cas de tuberculose toutes formes confondues ont été notifiés en Union des Comores pour une population de 886 142 habitants, soit un taux de notification d’environ 5 cas pour 100 000 habitants. Parmi ces cas, 59 sont confirmés bactériologiquement (frottis positifs), qui représentent les formes les plus contagieuses de la maladie. On note également des cas pulmonaires à frottis négatif et des formes extra-pulmonaires. L’analyse par sexe montre que les hommes restent les plus touchés, avec 82 cas (environ 59%) contre 58 cas chez les femmes (41%). Cette tendance est souvent observée dans de nombreux pays et peut s’expliquer notamment par des facteurs d’exposition, de comportement de recours aux soins ou de conditions de travail. Concernant les enfants, les moins de 15 ans représentent 6% de l’ensemble des cas, ce qui montre que la transmission de la maladie existe encore au sein des communautés et parfois dans les ménages. Cela souligne l’importance du dépistage précoce et de la recherche des contacts autour des malades. La majorité des cas est observée chez les adultes jeunes et d’âge actif, notamment entre 15 et 44 ans, ce qui a un impact potentiel sur la productivité et la vie socio-économique du pays.

 

Question : qu’en-est-il du traitement ?

 

Dr A.M : Les résultats du traitement restent très encourageants. Pour la cohorte des patients enregistrés en 2024, le taux de guérison des nouveaux cas bacillifères est d’environ 88%, et le succès global du traitement dépasse 90%, ce qui reflète la qualité de la prise en charge. Malgré ces résultats satisfaisants, certains cas peuvent encore échapper au diagnostic. C’est pourquoi le programme poursuit ses efforts pour renforcer le dépistage précoce, rapprocher les services de diagnostic des populations et intensifier la sensibilisation communautaire, conformément au message de cette année.

 

Question : Comment se porte le PNLT ?

 

Dr A.M : Le Programme National de Lutte contre la Tuberculose se porte globalement bien et poursuit sa mission principale qui consiste à garantir à toute la population un accès équitable à des services de diagnostic et de traitement de qualité. Il est important de souligner qu’aux Comores le diagnostic et la prise en charge sont entièrement gratuits dans les structures de santé publiques, afin que personne ne renonce aux soins pour des raisons financières. Les activités du programme sont mises en œuvre à tous les niveaux du système de santé, central, régional et périphérique, conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé. Le programme bénéficie également d’un partenariat solide. Le Fonds mondial et la Fondation Damien apportent un appui technique et financier important, notamment pour l’approvisionnement en médicaments antituberculeux, les équipements de laboratoire, la supervision et le renforcement des capacités. De son côté, l’OMS apporte un appui technique essentiel, notamment dans l’orientation stratégique du programme, l’amélioration de la surveillance épidémiologique et le renforcement des compétences du personnel de santé. Par ailleurs, le Gouvernement assure la mise à disposition des ressources humaines et des infrastructures sanitaires nécessaires à la mise en œuvre. Le PNLT travaille également en étroite collaboration avec d’autres programmes de santé, notamment ceux de lutte contre le VIH et les maladies non transmissibles comme le diabète. En 2025, quatre cas de co-infection TB-VIH ont été enregistrés, et ces patients bénéficient d’une prise en charge coordonnée.

 

Question : Quels sont vos objectifs actuels ? 

 

Dr A.M : Nos objectifs actuels s’inscrivent dans la dynamique d’élimination de la tuberculose aux Comores et consistent principalement à renforcer l’accès aux services de diagnostic et de traitement sur l’ensemble du territoire. Nos priorités sont : renforcer la décentralisation des services afin de rapprocher davantage la prise en charge des populations, notamment dans les centres de santé périphériques ; améliorer le diagnostic précoce, en développant notamment les activités de collecte et de transport des crachats vers les laboratoires ; maintenir un taux de succès thérapeutique supérieur à 90%, afin de garantir une prise en charge efficace des patients ; renforcer le système d’assurance qualité des laboratoires, afin d’améliorer la fiabilité du diagnostic ; et poursuivre les efforts de sensibilisation et de mobilisation communautaire, pour encourager la population à consulter rapidement en cas de symptômes. Ces actions sont essentielles pour détecter tous les cas, assurer leur prise en charge et interrompre la chaîne de transmission dans la communauté.

 

Question : Quel rôle la communauté doit-elle jouer et quels sont vos messages clés aux autorités, au personnel de santé et à la population ? 

 

Dr A.M : La lutte contre la tuberculose est l’affaire de tous. Le succès des efforts nationaux dépend non seulement des structures de santé, mais aussi de l’engagement actif des communautés. La communauté joue un rôle essentiel dans la détection précoce des cas, la réduction de la stigmatisation et l’accompagnement des patients pendant leur traitement. Nous appelons donc la population à adopter certains réflexes importants : consulter rapidement un agent de santé en cas de toux persistante de plus d’une semaine, accepter les examens prescrits, notamment l’examen des crachats, et suivre correctement le traitement jusqu’à son terme, car la tuberculose se guérit lorsque le traitement est bien pris.

 

Question : Auriez-vous un dernier message à faire passer ?

 

Dr A.M : À l’occasion de cette Journée mondiale, je voudrais également adresser quelques messages clés aux autorités nationales et aux décideurs : Nous encourageons la poursuite et le renforcement de l’engagement politique afin de soutenir les efforts du programme, renforcer les services de santé et garantir la continuité des ressources nécessaires. Au personnel de santé : Je tiens à saluer et remercier l’ensemble des agents de santé pour leur engagement et leur dévouement dans le dépistage, la prise en charge et le suivi des patients. Leur travail quotidien est essentiel pour interrompre la transmission de la maladie. À la communauté et à la population : La tuberculose se guérit et le diagnostic ainsi que le traitement sont gratuits. N’ayez pas peur de consulter. Plus la maladie est détectée tôt, plus les chances de guérison sont élevées. Je souhaite également exprimer la reconnaissance du PNLT envers nos partenaires techniques et financiers, notamment la Fondation Damien, le Fonds mondial et l’Oms, pour leur appui constant qui contribue au renforcement de la lutte contre la tuberculose dans notre pays. Ensemble, avec l’engagement des autorités, des professionnels de santé, des partenaires et des communautés, nous pouvons mettre fin à la tuberculose, conformément au thème de cette année : « Oui ! Nous pouvons mettre fin à la tuberculose menée par les pays, portée par les populations. »

 

Propos recueillis par Hamdi Abdillahi Rahilie

 

 

 

 


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