Le vendredi 30 octobre dernier à l'Alliance française de Moroni, Housna Hassani, doctorante en Santé Globale et Nutrition à l'IRD (institut de recherche pour le développement), a présenté trois ans de recherche sur l'environnement alimentaire scolaire aux Comores. Un état des lieux sans équivoque qui appelle à une politique nationale.
Sous le thème « Santé et nutrition scolaire aux Comores », la conférence a réuni chercheurs, nutritionnistes, enseignants, élèves et parents autour d'une question essentielle pour nos enfants. Avec la présentation des travaux de recherches doctorales de Housna Hassani sur « l'amélioration de l'environnement alimentaire scolaire aux Comores. » Thèse menée entre Montpellier et Moroni, sous l'encadrement du Dr Moussa Mohamed, spécialiste en santé publique. Au cœur du travail, le double fardeau de la malnutrition. Il s'avère que notre pays fait face à un paradoxe. La sous-nutrition persiste chez les moins de cinq ans, tandis que surpoids et obésité explosent chez les 14-18 ans, surtout en milieu urbain, avec des produits gras, sucrés et ultra-transformés. Pour caractériser l'environnement alimentaire scolaire, la chercheuse a défini cinq domaines : fournisseurs, offre extérieure autour du portail, environnement politique, questions transversales comme le genre et l'impact insulaire, et soutien aux élèves.
Après une revue sur Planipolis et GIFNA et des entretiens avec l'OMS et différentes ONG, elle a enquêté auprès d'une trentaine de directeurs d'établissements scolaires, avec une équipe formée cinq jours pour l'occasion (questionnaires CAPI sur tablette, entretiens en Shikomori et observations photo, analysés via Stata et NVivo). Les résultats parlent d'eux-mêmes, avec un diagnostic implacable. Dedans, le sain se limite au pain blanc et aux œufs durs, les fruits sont rares. Dehors, au portail où se concentrent jusqu'à des fois cinq vendeurs par école, les produits laitiers sont nombreux mais sucrés, les bonbons sont partout, comme chips, fritures, mini-pizzas et jus industriels vendus plus que l'eau. Seuls deux vendeurs sur neuf sont formés.
« Aux Comores, on fait face à un paradoxe : la sous-nutrition persiste chez les plus jeunes, tandis que le surpoids et l'obésité progressent vite en ville à cause des produits transformés, trop gras et trop sucrés », a alerté Housna Hassani. Quatre freins expliquent selon elle ce déséquilibre. À savoir, un faible pouvoir d'achat des élèves qui choisissent le moins cher, un coût des matières premières qui rend le fait maison moins rentable, une norme d'hygiène renforcée depuis le Covid qui pousse à préférer les produits en emballage, et un attrait des packagings colorés. S'ajoutent aussi des contraintes structurelles, comme l'électricité instable empêchant de conserver certains goûters comme les yaourts.
Sans politique nationale sur la question pour le moment, elle propose des leviers immédiats. Le nudge par exemple pour rendre le sain visible. « Si les fruits restent cachés derrière les gâteaux, les élèves ne les achèteront pas. Il faut les mettre en avant, déjà coupés, faciles à consommer », a-t-elle insisté. Elle préconise d'engager les adolescents, en quête d'autonomie et influencés par leurs pairs et la publicité, dans des jardins scolaires, et d'impliquer les parents via un goûter maison hebdomadaire et des actions de sensibilisation. À terme, elle plaide pour des guides pratiques, la formation des concernés, notamment les parents, les élèves adolescents, les vendeurs, directeurs et enseignants, et surtout une collaboration des autorités pour changer la donne. Une stratégie qui ferait de l'école, où les enfants passent plus de 70% du temps, le premier rempart contre l'obésité ainsi que des maladies telles que le diabète et l'hypertension au pays.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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