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des Comores

Portrait : Aminata Saïd Mchangama « Quand on lâche notre santé, c'est tout le pays qui vacille »

Portrait : Aminata Saïd Mchangama « Quand on lâche notre santé, c'est tout le pays qui vacille » © : HZK-LGDC

À l’occasion de la journée mondiale de la sage-femme, nous avons poussé les portes du CMU de Mbouéni. Derrière les murs de ce centre de santé, une femme impose naturellement le respect par sa prestance et sa douceur : Aminata Saïd Mchangama.


Sage-femme diplômée d’État, elle a commencé sa carrière depuis 2006 à Nvuni Bambao, avant de servir dans les districts d'Oichili et d’Itsandra en tant que fonctionnaire. Aujourd’hui, major du service de Planification Familiale, elle accompagne chaque jour les femmes, depuis les consultations prénatales jusqu’aux soins post-partum, avec une passion restée intacte malgré près de 20 années de service. Pour Aminata Saïd Mchangama, la blouse blanche est bien plus qu’un métier. C’est un héritage. Fille d’une ancienne infirmière d’État ayant exercé à l’hôpital El-Maarouf, elle a grandi dans l’univers du soin et du dévouement. Très tôt, le mot même de “sage-femme” a résonné en elle comme une vocation. « Le mot sage-femme m'a marqué depuis toute jeune, j'ai toujours rêvé d'exercer ce métier. Pouvoir prendre soin de sa famille, de ses proches, mais aussi de créer des liens humains avec les autres, c’est ce qui m’a toujours animé », confie-t-elle avec une émotion.

 

Mais derrière cette vocation se cache une réalité exigeante. Aminata évoque sans détour  les difficultés du terrain : le manque d’effectif, les ruptures fréquentes de stocks de produits essentiels et, parfois, l’absence de reconnaissance envers les soignants. Elle insiste également sur l’importance de la formation continue afin que les professionnels de santé puissent constamment actualiser leurs compétences. Face aux tensions ou à l'impolitesse de certains usagers, elle choisit la patience et l’écoute. Pour elle, l'accueil et le respect constituent déjà une part essentielle du soin.Malgré les défis, elle observe avec satisfaction de l'évolution des mentalités aux Comores. Là où les accouchements à domicile étaient fréquents, elle estime aujourd’hui que la grande majorité des femmes accouchent en structure sanitaire.

 

La planification familiale progresse également, même si, selon elle, le travail de sensibilisation auprès des couples reste doit être encore renforcé. Au-delà des soins médicaux, Aminata joue aussi un rôle de mentore, auprès des étudiantes de l’EMSP, auxquelles elle transmet avec rigueur les valeurs humaines et éthique du métier. « Dans ce métier, il faut impérativement se respecter soi-même avant d'être respecté par les autres. Nous avons entre nos mains des cœurs et des vies, pas des papiers que l'on peut froisser sans pitié », affirme-t-elle.

 

Mère de deux enfants, elle garde en mémoire de nombreuses histoires qui ont marqué sa carrière. Elle évoque notamment avec tendresse ce couple venu de Madjoma ya Dimani, qu'elle a accompagné lors de la naissance de leur premier enfant. Aujourd'hui, ce bébé est un jeune homme qui prepare son baccalauréat, tandis que la mère est devenue au fil des années une « sœur ». C’est ce lien sacré qu’elle souhaite transmettre à la relève. « Traitez les patientes comme vous aimeriez être traitées à votre tour », conseille-t-elle aux futures sages-femmes. Si elle disposait d’une baguette magique, Aminata ne demanderait ni équipements  sophistiqués ni technologie de pointe. Elle souhaiterait avant tout davantage d’humanité dans le système de santé, une formation continue accessible à tous et une déontologie solide au cœur de pratique médicale. Consciente qu’une simple négligence peut bouleverser une vie entière, elle rappelle avec conviction que la santé est le socle d'une nation : « Quand on néglige notre santé, c'est tout le pays qui vacille », souligne-t-elle.

 

En cette semaine dédiée à la célébration des sage-femmes, son dernier message s'adresse aux autorités : mieux reconnaître et mieux rémunérer celles qui portent quotidiennement, souvent dans l’ombre, la santé des populations. « Les soignants doivent être soutenus et rémunérés à la hauteur de leur immense responsabilité. » a-t-elle déclaré. Aminata Saïd Mchangama n’est pas seulement une sage-femme, elle incarne cette génération de femmes engagées qui, avec discrétion et dévouement, constituent l’un des premiers remparts de la santé publique aux Comores.

 

Hamdi Abdillahi Rahilie

 


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