Du 20 au 22 octobre à Moroni, la Direction de Lutte contre la Maladie, avec l'OMS et l'UNICEF, a réuni médecins de Ngazidja, Anjouan et Mohéli pour dresser un état des lieux sans concession de la prise en charge du cancer et préparer un plan stratégique attendu en décembre 2026.
C'est un sursaut attendu depuis vingt-cinq ans. La DLM, via son programme Maladies Non Transmissibles, a mobilisé quatre groupes de différents profils, entre autres cliniciens, gynécologues, ORL, neuro chirurgiens, pédiatres, paramédicaux et médecins de santé publique. L'initiative vient combler un grand vide. Le Dr Saïd Mohamed Soulé, président de l'Ordre des MNT, nous explique : « Par le passé, il n'existait pas de programme global englobant à la fois les cancers, les maladies génétiques et les pathologies chroniques. Depuis une étude réalisée en 1999, les données s'accumulaient sans cadre formalisé, aujourd'hui grâce aux travaux essentiellement portées par l'ACCF, ce diagnostic partagé par les experts met en lumière la nécessité de structurer une démarche digne de ce nom pour une bonne prise en charge. »
Par ailleurs, l'alerte est venue des services de pédiatrie. Entre 2022 et 2023, sept enfants âgés de 14 mois à 8 ans ont été diagnostiqués avec différentes formes de cancers, entraînant malheureusement le décès de cinq d'entre eux malgré des tentatives d'évacuations sanitaires. À titre de comparaison, les données officielles précédentes n'en recensaient que trois sur une période de cinq ans. Selon le médecin, ce décalage statistique met en évidence l'absence d'un système d'enregistrement centralisé : « Ces situations cliniques rappellent l'importance d'une veille épidémiologique rigoureuse. C'est cette prise de conscience qui a incité le ministère de la santé et de la protection sociale à engager une réflexion de fond », a-t-il confié. Pour répondre donc à ce défi de santé publique, cet atelier de concertation a permis de tracer les contours d'une nouvelle stratégie nationale, articulée autour de trois priorités : l’optimisation des évacuations sanitaires, le renforcement des soins de proximité et la création d'un registre national.
Quatre groupes de travail ont présenté les conclusions de leurs audits respectifs afin d’enrichir cette feuille de route. Les observations partagées dressent un état des lieux précis des ressources disponibles et des défis à relever. Sur le plan des ressources humaines, le secteur s'appuie actuellement sur deux physiciens médicaux, un technicien cadre et six professionnels en formation. Si l'équipe bénéficie du soutien d'un oncologue basé à La Réunion, l'absence de radio-oncologie et d'anatomopathologiste en exercice sur place constitue l'une des principales priorités à couvrir. Du côté des infrastructures, le pays ne dispose pas encore de radiothérapie fonctionnelle ni de protocoles de chimiothérapie standardisés. Sur le plan réglementaire, bien que la loi de 2024 sur la radioprotection ait été promulguée, sa mise en œuvre effective attend la publication de ses textes d'application, ainsi que la structuration d'une autorité de contrôle et d'inspection.
Concernant les équipements de sécurité, les dosimètres sont en cours de renouvellement et les tabliers de protection sont disponibles, mais les mécanismes de contrôle qualité et de surveillance de l'exposition globale méritent d'être pleinement opérationnels. Le groupe de travail dédié à la radioprotection a fortement insisté sur les prérequis indispensables avant l'implantation de tout accélérateur de particules. Une étude de site approfondie apparaît essentielle, notamment pour sécuriser l'installation face aux variations du réseau électrique et aux spécificités du risque sismique.
La question de la pérennité des infrastructures a été au cœur des débats. Alors que les équipes de maintenance sont déjà formées, leur recrutement formel reste à finaliser. Les participants ont ainsi rappelé l'importance cruciale d'intégrer systématiquement des clauses d'entretien lors de l'acquisition des équipements afin d'éviter leur usure prématurée. En conclusion, l'ensemble des experts a souligné la nécessité absolue de consolider et de sécuriser ces différents supports techniques et réglementaires avant toute validation définitive. L'idée repose sur une stratégie globale articulée autour de plusieurs propositions de solutions : Conclure, à court terme, des conventions bilatérales avec des centres hospitaliers spécialisés à l'étranger, ainsi que la création d'un Comité national de suivi et d'un protocole harmonisé pour fluidifier le parcours des patients.
Ensuite, le renforcement des soins de proximité. Une démarche qui s'appuiera sur la mise en place de Réunions de Concertation Pluridisciplinaire (RCP) mensuelles en télé-expertise avec des dossiers médicaux partagés et sécurisés, doublée d'une décentralisation régionale des soins palliatifs et de la douleur pour offrir un accompagnement psychologique et familial dès le diagnostic. Et pour finir la création d'un registre national du cancer. Pour guider les futures politiques publiques, ce système de suivi débutera par une collecte de données physiques centralisées et dédoublonnées, avant de migrer vers l'utilisation du logiciel libre francophone CanRexen.
Le Dr Saïd Mohamed Soulé a résumé la démarche : « Trois journées de travail ont permis d'évaluer les forces et les faiblesses du système actuel. Cette analyse situationnelle servira de base à l'élaboration d'un plan stratégique global attendu pour décembre 2026. Les premières étapes concrètes s'échelonneront à court terme. L'identification des centres partenaires et le lancement d'un projet pilote sont prévus d'ici six mois, suivis de l'organisation de stages de formation et de l'ouverture d'une première unité d'oncologie d'ici un an », a-t-il conclu.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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