La restitution d'une enquête situationnelle sur la santé mentale, tenue à Moroni la semaine dernière, a dressé un tableau contrasté entre forte prévalence de l'anxiété et ressources limitées, ouvrant cinq pistes pour refonder au mieux le système.
Un diagnostic sans détour a été présenté jeudi 23 juillet. Dans le cadre du processus initié par le Ministère de la Santé en partenariat avec l'OMS, l'atelier a réuni acteurs institutionnels, structures de santé et des représentants de la société civile. Le Dr Chamssoudine Mohamed, spécialiste en santé publique et consultant national ayant mené l'étude à Ngazidja, Anjouan et Mohéli, a présenté les données issues de l'analyse situationnelle. Il y a dressé un état des lieux global du système de santé mentale, ses failles structurelles et opportunités de renforcement. La situation est dominée par plus de cas d'anxiété (31%) et de cas de schizophrénie / Psychose (24,1%), suivi de la dépression (12%). Les cas de suicide / tentatives et les cas de troubles mentaux chez les femmes en période post-natale sont minimes mais méritent une attention particulière du fait des déterminants sociaux et facteurs de risque élevés.
Le pays compte seulement 02 psychiatres pour environ 800 000 Habitants, 03 infirmiers spécialisés en psychiatrie et zéro travailleur social formé. Lors de son intervention, le Dr Chamssoudine Mohamed a fait comprendre que cette ration de psychiatres voisine une couverture sub-normale et apparaît plutôt suffisante pour ce nombre d'habitants, contrairement aux autres catégories largement insuffisantes à l'instar des psychologues dans les différents districts de santé, peu nombreux et la plupart exerçant essentiellement en cabinet privé. Ce déficit est aggravé par seulement 02 structures offrant des services de santé mentale et deux établissements assurant des hospitalisations psychiatriques de courte durée dont une privée.
L'accès aux soins reste entravé. Près de 100% des personnes interrogées ont rapporté des obstacles financiers liés à l'acquisition des médicaments psychotropes, disponibles dans les pharmacies privées. Les mécanismes de contre-référence restent peu ou pas fonctionnels, limitant la continuité des soins. Par ailleurs, la stigmatisation demeure élevée. Environ 70% des répondants considèrent encore les troubles mentaux à travers des croyances ou représentations négatives retardant le recours aux soins. Ainsi, 03 familles sur 03 enquêtées (100%) déclarent avoir recours aux soins traditionnels avant de consulter une structure de santé. Les 843 agents de santé communautaires (ASC) identifiés ne sont ni formés ni intégrés dans le circuit.
Le rapport propose ainsi, cinq axes stratégiques pour bâtir un programme structurel, accessible et équitable. Axe 1, le renforcement du système de santé intégré et du système d'information sanitaire; Axe 2, l'amélioration de la communication, la collaboration et la sensibilisation avec leaders et tradipraticiens; Axe 3, la promotion d'un partenariat inclusif et multisectoriel avec des domaines tels que l'éducation, la justice, les ONG et la protection sociale; Axe 4, le renforcement des politiques publiques et du cadre légal en faveur de la protection des malades; Axe 5, la mise en place d'un cadre de suivi évaluation avec intégration des indicateurs dans le DHIS2.
À savoir que les signaux multisectoriels confirment l'urgence, par exemple à la maison d'arrêt de Moroni en 2025, 05 cas de schizophrènes et 02 cas d'épilepsie incarcérés ont été enregistrés. Les saisies récentes montrent 585 kg de cannabis, 278 kg de produits chimiques, 15,5 kg d'héroïne et 1,8 kg d'amphétamines, volumes qui illustrent l'ampleur du trafic et ses répercussions directes sur la santé mentale, la sécurité et la vulnérabilité des jeunes surtout.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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