Alors que le virus Bundibugyo (Ebola) frappe Nairobi, à moins de deux heures de vol de Moroni, les Comores annoncent le renforcement de la surveillance aux frontières par une fiche à remplir. Une mesure jugée insuffisante face à une épidémie qui a déjà dépassé les 10 000 cas dans la région.
Le 6 octobre dernier, le Kenya a confirmé son premier cas d'Ebola, un citoyen kényan qui vivait en République démocratique du Congo depuis sept ans et qui est décédé à Nairobi. Arrivé de Kampala le 3 octobre, il a été testé positif le 5 octobre et est mort le même jour. Ce qui devait être un cas isolé s'est transformé en chaîne de transmission. Les cas au Kenya sont passés à neuf, dont quatre membres de la famille du premier patient et quatre agents de santé. Le 24 octobre, le ministère kenyan de la Santé annonçait un second décès, une femme de 65 ans, proche parente du premier cas, qui avait développé des symptômes pendant sa quarantaine. Le pays vient seulement de libérer ses 20 premiers cas contacts après une période de surveillance obligatoire de 21 jours, tandis que 98 autres restent sous quarantaine.
Dans la région, l'épidémie flambe. La barre des 10 000 malades confirmés a été dépassée, la grande majorité en République Démocratique du Congo, avec des cas recensés dans trois régions du continent. L'OMS et Africa CDC rappellent qu'aucun pays n'est à l'abri et insistent sur l'importance d'une surveillance rigoureuse aux points d'entrée. Une réunion des ministres africains de la Santé est convoquée ce 28 octobre pour renforcer la surveillance aux frontières. Face à cette menace, les Comores ont dégainé leur “réponse”. Dans une note circulaire émise le 23 octobre 2026, les autorités annoncent le renforcement de la surveillance sanitaire aux points d'entrée. « Tous les voyageurs à destination de l'Union des Comores sont désormais invités à remplir une fiche de renseignements sanitaires avant leur arrivée. Pour accéder au formulaire, il suffit de scanner un QR Code diffusé aux compagnies aériennes ».
C'est, à ce stade, la seule mesure officiellement communiquée. Sur le terrain, le contraste est saisissant avec les pays voisins. Le Kenya, pourtant, avait passé des mois à se préparer, dépistant des centaines de milliers de voyageurs et formant près de 5 000 agents de santé au cas où le virus franchirait ses frontières. Malgré cela, le patient index a passé le contrôle de santé publique normal à l'aéroport international Jomo Kenyatta de Nairobi sans être signalé comme cas suspect. Si même un dispositif lourd peut faillir, que vaut une fiche déclarative ? Plusieurs questions restent sans réponse : Où seront pris en charge les cas suspects ? Le virus Ebola ne peut pas être reçu dans les centres hospitaliers où d'autres patients sont consultés. Il nécessite un centre d'isolement dédié, avec circuit séparé, équipe formée et matériel de protection. Aucun site d'accueil spécifique n'a été annoncé.
Avec quoi ? Cette variante Bundibugyo du virus inquiète particulièrement car aucun vaccin n'est disponible pour cette souche, et il n'existe aucun vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé pour cette forme d'Ebola, bien que des vaccins et traitements possibles soient en cours de test. Aucune information n'a été donnée sur la constitution de stocks de médicaments symptomatiques, de combinaisons, ou de kits de prélèvement. Le ministère de la santé se veut rassurant : « A l'heure actuelle, aucun cas détecté ni suspect n'a été signalé sur l'ensemble du territoire national. C'est une chance. Mais la vigilance citoyenne ne peut pas remplacer une préparation logistique. »
Alors que la CEMAC harmonise ses mécanismes de prévention et que Nairobi renforce le dépistage communautaire, les Comores n’ont pas encore renforcé leur dispositif de riposte. À environ 3 heures de vol d’un foyer actif, les Comores font face à un défi sanitaire majeur, alors que leurs capacités de diagnostic précoce en laboratoire demeurent limitées. La prévention ne peut se résumer à des formalités à l’arrivée d’un vol. Elle exige une préparation en amont, des capacités d’isolement adaptées, des protocoles clairement définis et des équipes formées à intervenir rapidement. À ce sujet, le ministre de la santé et de la protection sociale, Ahamadi Sidi Nahouda aurait participé à une visioconférence consacrée aux échanges et à la coordination des actions de riposte. Reste à espérer que cette mobilisation portera ses fruits pour la protection des citoyens.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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