Réunis ce mercredi à Moroni, des juristes ont alerté sur les 3 000 jours de détention de l’ancien président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, dénonçant une procédure irrégulière et une incarcération qui met sa vie en danger.
3 000 jours derrière les barreaux, soit plus de 8 années. Tel est le bilan dressé dans un restaurant de la capitale lors d’une conférence de presse. Me Mahamoudou Ahamada et Me Fahmi Saïd Ibrahim, tous deux avocats de Sambi et membres de son parti, le Juwa, au côté du juriste et militant le Dr Mohamed Rafsandjani, ont dénoncé une détention jugée excessive, politique et alarmante.
Me Mahamoudou Ahamada a ouvert le débat sous l’angle humanitaire. L’ancien président souffrirait d’une pathologie cardiaque potentiellement fatale en l'absence de soins appropriés. « Nous sommes malheureux de ne pas pouvoir le voir. C’est un homme malade et cela fait des mois qu'on nous interdit d'avoir de ses nouvelles », a-t-il déploré, précisant qu’aucun contact n’est possible depuis septembre, les visites étant « interdites ». « Et si demain nous apprenions son décès, devrions-nous nous en étonner ? Avec toutes les alertes lancées, ce n’est plus de la polémique. Que devons-nous faire ? »
Pour Me Fahmi Saïd Ibrahim, cette situation constitue une anomalie judiciaire : « C’est perturbant. C’est le seul à purger neuf ans sans crime de sang, sans meurtre. Sa sentence n’est pas justifiée au vu du temps passé. » Il a ensuite lancé un appel à la cohésion : « Soyons solidaires, préservons notre unité. Le pays se portera mieux uni. Ce sujet dépasse sa personne, il touche la sensibilité de nos citoyens et notre paix. Notre unité n’a pas de prix, notre paix non plus. » Il a également mis en garde contre les rumeurs et les polémiques qui alimentent le séparatisme entre Anjouanais et Grand-comoriens.
Le cœur des interventions visait à interpeller directement l’État. L’objectif du collectif est d’obtenir une libération pour raisons humanitaires, rappelant que maintenir en prison un homme malade et non violent fragilise l’unité nationale et l’institution judiciaire. La position des intervenants est claire : « Après 8 ans d'emprisonnement, un homme qui n’est pas un meurtrier et qui est malade devrait être libéré. »
Concernant la grâce présidentielle, les juristes ont tenu à rappeler les textes. Bien qu’une demande puisse être déposée, le chef de l’État dispose d’un pouvoir propre et discrétionnaire. « Par décret, le chef de l'État peut gracier Sambi s’il le veut, sans qu’une requête préalable soit obligatoire », a expliqué Me Fahmi. Le Dr Mohamed Rafsandjani a quant à lui recentré le débat sur les principes fondamentaux : « Il est avant tout un citoyen comorien. Aucun protocole n’a été suivi, de l’instruction au procès. Qu’on rappelle aux juges leur serment. » Selon lui, le cas de l’ancien président illustre un problème systémique : « Des Sambi, il y en a beaucoup dans nos prisons, des oubliés. Lui a simplement la popularité qui met en lumière sa situation. » Au-delà de la grâce, une loi d’amnistie représenterait, selon les intervenants, la voie la plus adaptée pour apaiser durablement le climat politique et social.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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