Alors que les abandons de nouveau-nés se multiplient dans l’archipel, la question de la création d’un dispositif d’accouchement sous X revient avec insistance dans le débat public. Entre nécessité humanitaire, exigences juridiques et résistances culturelles, plusieurs voix s’élèvent pour appeler à une réponse nationale face à un phénomène devenu préoccupant.
Pour Nadia Tourqui, militante engagée dans la protection de l’enfance, un dispositif d’accouchement sous X pourrait transformer radicalement la prise en charge des femmes en détresse. Selon elle, « si les femmes dans cette situation avaient la garantie d’être protégées, soutenues et assurées que leur enfant serait pris en charge, beaucoup feraient un choix différent que celui, tragique, de l’abandon ». Elle insiste sur l’impact concret d’une telle structure. Un accouchement sécurisé, un accompagnement psychologique, un anonymat respecté et l’assurance que le nouveau-né sera confié à une famille d’accueil. « Cela réduirait les infanticides, la mortalité maternelle et offrirait une chance réelle à ces bébés d’être aimés et protégés », estime-t-elle. Pour elle, la finalité est claire. Il ne s’agit pas de juger les comportements, mais de prévenir les drames. « Les relations hors mariage existent déjà. On doit éviter que leurs conséquences ne se transforment en tragédies irréversibles. »
Le Collectif Hima, très actif sur les questions sociales, dresse un constat sévère celui de l’absence d’alternative légale plonge certaines femmes dans le désespoir. Selon ce collectif qui se définit comme un groupement de jeunes femmes de différents horizons qui ont décidé de s’élever pour les droits des femmes comoriennes, l’accouchement sous X permettrait d’éviter de nombreux drames. « Ici, on voit trop souvent des bébés retrouvés dans des latrines ou des poubelles. Ce n’est pas toujours la mère, parfois, c’est la famille qui se débarrasse de l’enfant pour préserver l’honneur ».
Pour Hima, il est essentiel de comprendre la détresse des femmes concernées : violences sexuelles, viols, relations hors mariage, peur du jugement, exclusion familiale. « Ce sont des femmes seules, paniquées, sans aucune issue. Elles n’ont pas besoin de condamnation, mais d’un lieu sûr ». L’accouchement sous X est, pour elles, un ultime filet de sécurité. « Ce dispositif ne promeut pas la faute mais il empêche la mort.
Pour Rahamatou Goulam, présidente d’honneur de la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés, l’introduction d’un tel dispositif est problématique. Elle estime que cela pourrait être interprété comme une tolérance envers les relations hors mariage, contraires aux enseignements religieux. « Cela reviendrait à encourager des comportements que notre société ne peut pas accepter. » Selon elle, la priorité doit être ailleurs à savoir renforcer la communication entre parents et enfants, rétablir la place de l’école coranique, et transmettre des repères moraux solides dès l’enfance. Une prévention par les valeurs plutôt qu’une solution structurelle.
L’avocat Me Moudjahidi Abdoulbastoi affirme que, contrairement aux idées reçues, l’accouchement sous X est parfaitement envisageable juridiquement. Il suffirait d’ajouter une section dédiée dans le Code de la santé publique, et d’identifier des structures sûres, accessibles et protégées par la loi. Pour lui, ce dispositif n’entre pas en contradiction avec les principes religieux, car la priorité doit rester l’intérêt supérieur de l’enfant, comme l’exige la Convention internationale des droits de l’enfant : « Sauver une vie ne contredit aucune valeur. »
Il souligne également la nécessité de sanctions sévères pour quiconque violerait la confidentialité du système. Entre partisans et opposants, une ligne de fracture apparaît. D’un côté, ceux pour qui l’accouchement sous X est un impératif humanitaire pour réduire les abandons et sauver des vies, de l’autre, ceux qui craignent qu’une telle structure ne fragilise les valeurs religieuses et familiales. Mais tous reconnaissent l’urgence d’agir face à un phénomène qui endeuille régulièrement les foyers comoriens. La question reste désormais entre les mains des autorités : le pays est-il prêt à se rendre à l’évidence et mettre en place une structure d’accouchement sous X pour protéger, prévenir et sauver ?
Mohamed Ali Nasra
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