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des Comores

Abdoulkader, DG de Hikam Société Multiple : « Le projet e-gouvernement peut être une réussite »

Abdoulkader, DG de Hikam Société Multiple : « Le projet e-gouvernement peut être une réussite » © : HZK-LGDC

Abdoulkader Maoulida est le directeur général de Hikam Société Multiple, une société tournée vers le numérique. Dans cet entretien accordé à La Gazette / HZK-Presse, il a abordé de long en large la question du numérique tout en mettant l’accent sur les transferts des compétences.


 

Question : Actuellement, le monde est tourné vers le numérique. Comment est la situation aux Comores ?

 

Abdoulkader Maoulida : Le niveau de numérisation est encore faible, malgré les atouts dont nous disposons en matière de communication, à l’exemple de la fibre ou du réseau 4G. Rien que l’arrivé du 4G, nous devrions obtenir des résultats considérables sur la transformation numérique au pays. Cela n’a pas été le cas pour de nombreuses raisons qui peuvent être liées à la couverture totale du réseau Telecom, au coût d’achat de celle-ci, au manque de scolarisation des outils TIC etc. Bref, si nous nous référons au système d’indices international en matière de TIC, nous avons du chemin à faire.

 

Question : Au vu des autres pays du monde, les Comores sont à la traine. Que faut-il faire pour pouvoir suivre la cadence ?

 

A.M : A mon petit avis, je dirais que nous devons déjà permettre à la population quel que soit le niveau de vie, de disposer d’un ordinateur. Et cela suppose que l’Etat doit exonérer certains équipements informatiques de première nécessité. Il faudrait aussi réduire les coûts de télécommunication au bénéfice des ménages et adopter une politique de sensibilisation et d’initiation aux outils technologiques dans les milieux scolaires, les lieux de travail, les centres communaux etc. Avec cette politique, l’Etat doit viser à créer la culture du numérique qui incitera les startups à développer des applications au bénéfice de la population et du développement économique et numérique du pays.

 

Question : Quels sont les avantages et les inconvénients du numérique en soi ?

 

A.M : Le numérique devient notre mode de fonctionnement et il présente plus d’avantages que d’inconvénients, à l’exemple du système bancaire où le mode de paiement permet de lutter contre les faux billets et le blanchiment d’argent.  Nous voyons aussi ce qui arrive aujourd’hui avec la covid-19, le numérique reste un atout incontournable dans la santé, l’économie, le tourisme etc. L’inconvénient du numérique réside plus sur la sécurité dont aujourd'hui plusieurs gouvernements et entreprises sont devenus la cible de ransongiciel, des cyber-attaques à l’exemple du botnet TRICKBOT qui a infecté plus d’un million d’ordinateurs dans le monde ou encore la découverte d’un réseau malveillant sur Linkedin qui volait des informations de plusieurs personnes pour des attaques ciblées. Tout cela montre que nous avons besoin d’une grande sensibilisation sur l’utilisation du numérique pour mieux profiter des avantages qu’il procure. 

 

Question : Le gouvernement a lancé un projet pour « e-gouvernement ». Pensez-vous qu'il sera faisable dans notre pays et quel conseil donneriez-vous ?

 

A.M : L’e-gouvernement est une bonne initiative. Vous pouvez aujourd’hui demander un visa en ligne à l’exemple du Rwanda et ou de notre voisin Madagascar et qui permet de multiplier la fréquentation touristique et économique. Imaginez qu’aujourd’hui, au lieu d’aller faire la queue pour un renouvellement de la carte d’identité, je fais ma demande en ligne, je remplis un formulaire et je reçois un ticket ou un sms de rendez-vous pour récupérer ma carte. Qui ne sera pas content ? C’est avantageux mais aussi plus efficace pour les services. Les systèmes d’informations aujourd’hui sont primordiaux pour le bon fonctionnement des institutions, des entreprises, des collectivités locales ou même des ONG nationaux et donc cela permet à l’Etat d’obtenir des résultats rapides efficaces et moins d’erreurs.

 

Par contre, ce qui est compliqué dans ce genre de projet n’est pas sa mise en place mais la méthodologie et l’analyse qui doivent être adaptées. Pourquoi la méthodologie ? Tout simplement, parce que notre situation ne ressemble pas à celle de nos voisins et le niveau d’opérants dans nos administrations ou entreprises locales n’est pas à son niveau d’excellence pour une grande partie. Il faudrait donc savoir aussi que la majorité des systèmes d’informations adaptés à certains de nos administrations est conçue par des entreprises étrangères et donc aucun contrôle technologique n’est à notre portée. Nous restons que des utilisateurs et des simples intervenants techniques et c’est ce qui fragilise ce genre de projet.

 

Je crois que pour avoir une infrastructure gouvernementale, nous avons des étapes à réaliser : créer des systèmes d’informations de base et tirer les leçons avant d’établir une super structure d’information interconnectée où la centralisation des informations étatiques fera office. N’oublions pas que la plus grande force des systèmes d’informations réside dans sa maîtrise au niveau local. En ce moment, le transfert des compétences et de technologie est nécessaire pour assurer la relève locale avec des compétences locales qui feront évoluer le système avec le temps. Il faudrait prendre l’exemple du Sénégal dans certaines institutions ou entreprises locales qui ont su transformer certains systèmes d’informations du niveau international à leur utilité locale avec des compétences locales. Pour conclure, le projet peut être une réussite si seulement si, comme dirait la formule, la méthodologie appliquée tient compte de la spécificité et de la particularité du pays avec une maîtrise des systèmes à 75% local.

 

Question : On parle de transfert de compétences. Que faut-il faire pour que le pays puisse attirer ces grandes firmes pour pouvoir bénéficier de leur savoir-faire ?

 

A.M : Pour créer un environnement technologique propice répondant aux normes internationales, nous devons attirer les  grandes boites sociétés détentrices de la technologie mondiale pour nous transférer leurs expériences et leurs compétences, à l’exemple de Maurice qui a su tirer profit en créant une grande communauté qui contribue à plusieurs systèmes mondiaux comme Microsoft, etc. Il est temps que nous ouvrions les yeux. Ces grandes sociétés permettront de faire briller nos autodidactes et nos universitaires au niveau national mais aussi ouvrir des emplois aux jeunes au niveau international. Il suffit juste que l’Etat crée un village numérique qui attirera les entreprises internationales à venir s’installer avec des conditions gagnant-gagnant.

 

Propos recueillis par KG

 


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