La Gazette

des Comores

Affaire Brando: La justice a livré Brando à la population, il est lynché et tué

  •  
  •   admin
Affaire Brando:  La justice a livré Brando à la population, il est lynché et tué © : HZK-LGDC

Hier mardi aux environs de 15h00, un groupe de manifestants qui avait déjà défoncé plusieurs portes du palais de justice et incendié un véhicule administratif, en signe de protestation contre les lenteurs de l’appareil judiciaire, a exigé que le présumé criminel soit immédiatement remis à la foule pour subir la « justice populaire ». Le tribunal a fini par livrer Brando à une foule déchaînée. L’homme sera lynché, dans la rue, la main coupée, avant d’être assommé. Il s’agit «d’une leçon pour les juges» semble clamer une partie de la population.


« La faute est à la justice» dit-on partout. Et à la question de savoir pourquoi se hasarder à faire descendre au tribunal ce présumé coupable du double meurtre, dans un palais de justice déjà pris d’assaut par des centaines de manifestants en colère, aucune explication n’est donnée par les autorités judiciaires. Il n’aurait pas été possible de le juger par contumace, le laisser entre les mains de la gendarmerie au lieu de tenter de le faire comparaitre ?  

 Depuis tôt le matin de ce mardi, la tension est montée d’un cran. La justice devrait changer de stratégie, pour éviter le pire. Après les premiers coups de feu tirés par les forces de l’ordre qui tentaient de disperser les manifestants qui ont pris la direction du palais de justice de Mutsamudu, la situation a vite dégénéré.

 

«Nous avons entendu des coups de feu, nous avions pensé que le criminel est coiffé au poteau (pour y subir la peine capitale, ndlr), mais en arrivant sur place, on constate que la justice continue à jouer avec le feu » dit un manifestant, en ajoutant que « aujourd’hui nous donnons une correction à la justice, et nous espérons qu’elle ne fera plus de bêtise ».

 Harcelé par une foule surexcitée, impuissant face à une population qui réclame depuis plusieurs jours que justice soit faite suite au meurtre de la petite Roukaya, le tribunal de Mutsamudu devient vite la cible d’une pluie de jets de pierres venant de tous les cotés du bâtiment, où des pneus sont enflammés alors que des gendarmes, des juges et le criminel s’y trouvent barricadés.

 La situation devient explosive d’heure en heure, jusqu’à 17h, lorsque le tribunal finit par livrer à la foule le criminel multirécidiviste. «Vous voulez le juger, prenez le… » dit un soldat en l’exfiltrant du palais pour ensuite le jeter en pâture aux manifestants, visiblement déterminés à se faire eux-mêmes justice.

 Brando est relâché, il n’a pu résister que quelques minutes, le temps que la justice de la rue se fasse spontanément, sous le regard des forces de l’ordre. Lynché, son corps sera trainé sur la route jusqu’à la plage, par un groupe de jeunes manifestants qui chantaient « awuwa naulawé (celui qui a tué doit subir le même sort)».

 Après l’avoir fait sillonné toute la ville en chantant et en poussant de cris de joie, ou en scandant «la justice est jugée, Brando est tué», les manifestants rendent le corps aux forces de l’ordre pour enterrement dans la soirée.

 

Nabil Jaffar

 

 


Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.

Commentaires (0)