Les autorités félicitent plutôt les forces de l’ordre pour leur « professionnalisme » en dépit des maisons saccagées.
Pas des mea-culpa. Plutôt des justifications légitimant les bavures policières commises à Ndzaouze, ce village au nord de Ngazidja où les forces de l’ordre sont accusées d’avoir saccagé des maisons après que des résidents s’en sont pris à une brigade de gendarmerie, et ont barré la route après le meurtre d’un des leurs. Hier lundi 15 novembre, le ministre de l’intérieur entouré de ses collègues de la Justice et celui de l’agriculture qui est en même temps le porte-parole du gouvernement, a balayé d’un revers de la main les reproches faites aux gendarmes après leur intervention à Ndzaouze pour rétablir l’ordre. En effet, des habitants les accusent images à l’appui d’avoir saccagé leurs biens. Si le ministre de l’Intérieur ne nie pas que des portes et des fenêtres ont été fracassées, il ne condamne pas pour autant ces actes mis sur le compte de ceux dont la mission consiste à protéger les personnes et leurs biens.
Comme pour s’assurer d’avoir l’opinion publique de son côté, Fakridine Mahamouda a d’abord rappelé que les gendarmes ont été victimes d’attaque dans leur brigade de Mitsamouili, à quelques encablures de Ndzaouze, au tout début des évènements au beau milieu de la semaine dernière. « Je voudrais insister sur l’attaque perpétrée à la gendarmerie [de Mitsamiouli]. Vous savez tous qu’une gendarmerie est un symbole de l’État. C’est une institution militaire. L’attaquer c’est prendre des risques comme il y a de l’armement dedans. Mais fort heureusement la situation n’a pas dégénéré. Les gendarmes sont parvenus à protéger l’armement. Il y’en a un qui est blessé au niveau bras qu’il a nécessité une hospitalisation », devait-il s’attarder. Il a dû rappeler qu’après que les habitants de Ndzaouze ont barré la route nationale, le préfet et le maire ont été mis à contribution pour faire une médiation.
« Pendant plus de 24h de négociation, la médiation n’a pas apporté les fruits escomptés. Ils ont refusé de libérer la voie, faisant de la résistance. C’est à ce moment-là que la gendarmerie est intervenue. Heureusement elle n’a pas fait usage d’arme. Mais plutôt de gaz lacrymogène ». Alors que les journalistes présents à la conférence témoignaient de la brutalité des forces publiques au cours de cette intervention, le ministre se voulait imperturbable. « Je pense qu’on devrait plutôt reconnaitre le rôle qu’a joué la gendarmerie au lieu de la blâmer. Nous devons les saluer pour leur professionnalisme. Ils n’ont pas fait usage d’armement de guerre alors qu’ils en possèdent ». Pour ce qui est des portes et fenêtres des maisons fracassées, le premier flic du pays tente de relativiser. « Si les gendarmes interviennent dans pareille situation, ils doivent procéder à des arrestations. Et pour cela, ils sont obligés de débusquer [les manifestants] ».
Quant au vol des biens dont sont accusés les gendarmes, « ni vous [journalistes], ni nous [autorités], personne n’a été là ». Alors, autant ne pas se hasarder. En revanche, l’or qui était sous scellé et « volé » à la brigade de gendarmerie, le coupable est formellement identifié : le village de Ndzaouze. Et ils vont devoir le payer. « A votre avis, qui doit réparer les dégâts commis à la gendarmerie si ce ne sont pas les auteurs ? », tonnait le ministre, comme pour couper court aux interrogations. S’il y a une chose qu’on doit effectivement saluer dans ces évènements malheureux, c’est bien l’absence d’utilisation d’armes à feu. Une grande première dans un pays où même pour venir à bout d’une dispute de deux chauffeurs dans la rue, les forces publiques interviennent lourdement armées. Une époque d’ores et déjà révolue ? « Nous allons faire en sorte que ces armes de guerre ne soient pas utilisées dans les opérations de maintien de l’ordre », a promis le nouveau ministre de l’Intérieur Fakridine Mahamoud qui n’a pas manqué de s’enorgueillir, tout en faisant un joli pied de nez à ses prédécesseurs.
Nassuf Ben Amad
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