Entendue le 30 septembre dernier par la Police nationale pour un post sur les salaires des policiers, la journaliste d'Al-Watwan s'est vu demander l'identité de son informateur. Le SNJC dénonce une violation de l'article 153 du Code de l'information, tout juste préservé après des mois de combat.
C'est dans les locaux de la Police nationale à Fomboni que Nourina Abdoul-Djabar, journaliste à Al-Watwan a été auditionnée mardi dernier. Pour motif, un post sur sa page Facebook, évoquant les salaires des policiers. Au cours de l'audition, la question qui fâche lui a été posée frontalement : qui est la source qui vous a informée ? Le fait, en apparence administratif, est juridiquement grave. Il survient à peine neuf mois après la bataille pour la protection des sources. En décembre 2025, le projet de révision du Code de l'information déposé à l'Assemblée prévoyait une dérogation permettant, dans des « cas exceptionnels », de contraindre un journaliste à divulguer ses sources. Une disposition jugée liberticide par la profession, porte ouverte à la pression et à l'autocensure.
Après un travail de plaidoyer mené par le SNJC et le Conseil National de la Presse et de l'Audiovisuel, et une assemblée au Palais du Peuple réunissant juristes et journalistes, la mesure a été abandonnée. L'article 169, devenu article 153 dans le Code adopté, est resté intact, conforme au texte de 2021. Le SNJC y voyait alors une victoire pour l'État de droit et pour tous les défenseurs de la liberté d'expression. Aujourd’hui encore une fois, un rempart vient d'être éprouvé sur le terrain. Dans un communiqué publié ce jour à Moroni, le bureau national du SNJC « dénonce fermement la convocation et l'audition » de notre consœur et rappelle la loi. « La protection des sources journalistiques est un principe essentiel de la liberté de la presse et un droit protégé par le Code de l'information en vigueur », écrit le syndicat, citant l'article 153 : « Le journaliste n'est pas tenu de divulguer ses sources. A cet effet, il ne peut être inquiété par l'autorité publique ».
Le syndicat « condamne toute pression ou intimidation visant à contraindre un professionnel des médias à dévoiler ses sources » et demande aux autorités de « mettre immédiatement fin à toute pression contre notre consœur et de respecter pleinement la liberté de la presse ». Car le cas n'est pas isolé. Le communiqué rappelle que le 17 novembre 2025, le journaliste Abdou Moustoifa avait déjà passé plus de trois heures d'audition, les enquêteurs cherchant à lui arracher le nom de son informateur. Jointe par notre rédaction, Nourina Abdoul-Djabar tient à nuancer. Elle affirme n'avoir subi aucun problème lors de l'audition : l'agente qui l'a reçue n'a pas été désagréable et aucune restriction ne lui a été imposée pour le moment. Mais le fin mot de l'histoire n'est pas connu. Il lui aurait été signifié qu'on la recontacterait « si besoin ». Une formule qui laisse planer l'incertitude. Mais si les sources craignent d'être exposées, plus personne n'osera informer. Protéger les sources, c'est protéger le métier, et le droit du public à l'information. Le SNJC se dit en l'occurrence vigilante et reste évidemment aux côtés de sa consœur.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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