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des Comores

Agriculture : Riama Boina : « Le manioc, c'est notre épargne »

Agriculture :  Riama Boina : « Le manioc, c'est notre épargne » © : HZK-LGDC

À Diboini dans le Hamanvou, près du CRDE de Hamalengo, Riama Boina, 60 ans, a troqué la houe et l'attente de la pluie contre le compost, les boutures à cycle court et le séchage. Bénéficiaire du projet chaine de valeur agricole(CVA) du PNUD, elle a pu rembourser ses dettes et envoyé deux enfants à l'université.


Au milieu de ses parcelles de manioc, Riama Boina nous accueille, ses mains dans le cambouis. Agricultrice depuis sa jeunesse, originaire de Diboini et mère de quatre enfants, elle est bénéficiaire du projet « Renforcement de la résilience des systèmes agricoles et des chaînes de valeur intelligentes face au climat en Union des Comores » (CVA), porté par le PNUD et le Fonds pour l'Environnement mondial (FEM). L'une des options du projet entend dynamiser les filières de production agricole et de transformation, afin de renforcer l'autonomie économique. « Avant, on plantait et on comptait sur la pluie », résume-t-elle. Les rendements s'effritaient. L'accès à l'eau dépendait d'un puits partagé à plus d'un kilomètre, et les outils se limitaient à la houe et à la machette. Avec son époux, elle cultivait la banane, le taro et d'autres légumes, mais sans semences adaptées ni fertilisation. Les récoltes suffisaient à nourrir la famille, pas plus. Faute de rotation, les parcelles s'épuisaient, et chaque saison sèche amputait près de la moitié de la production. « On s'endettait entre deux saisons », avoue-t-elle.

 

Le tournant remonte à un an, avec l'arrivée du CVA à Hamalengo. Doté de 9 millions de dollars, le projet vise à accroître la résilience climatique des principales chaînes de valeur par l'innovation et la diversification. Il cible notamment les CRDE de Hamalengo-Diboini, Sidjou et Cembenoi. Riama a reçu des boutures de manioc à cycle court, plus tolérantes à la sécheresse. Surtout, elle a appris à fabriquer ses intrants. « Les agents du CRDE nous ont montré le compost, le fumier bien décomposé. On ne brûle plus les terres et on n'utilise plus d'engrais chimique », expliqua-t-elle. Elle pratique désormais l'espacement recommandé et le paillage pour garder l'humidité. Comme l'a rappelé l’ingénieur agronome, Saïd Assoumani Mmadi, lors de notre visite, le CVA soutient ces engrais naturels pour restaurer les sols.

 

L'autre changement, c'est la transformation. « Le manioc, c'est notre épargne », sourit Riama. Quand les prix baissent au marché, elle laisse les tubercules en terre, ils s'y conservent naturellement. Quand c'est nécessaire, elle les récolte, les coupe en rondelles et les sèche au soleil pour produire le “mhogo wa huma”, lequel, nous fait-elle remarquer, se vend plus cher en saison creuse. En juillet 2025, les techniciens de huit CRDE, dont celui de Hamalengo-Diboini, ont été formés au suivi-évaluation et au genre, pour mieux accompagner les femmes agricultrices. L'impact est concret. « Avec le manioc, on a payé nos dettes, nos factures, et mon mari et moi avons pu envoyer deux de nos enfants à l'université, dont un au Sénégal », disait-elle.

 

L'autonomie se mesure aussi à la sérénité retrouvée, ainsi, elle prévoit désormais de garder ses propres boutures et d'agrandir sa parcelle. « Je continuerai à cultiver avec ardeur. Le travail finit toujours par payer », conclut-elle, déterminée à transformer une parcelle familiale en levier d'avenir. En cette année marquant les 50 ans de présence du PNUD aux Comores, le parcours de Riama témoigne des transformations que les programmes de développement peuvent apporter aux ménages les plus vulnérables.

 

Hamdi Abdillahi Rahilie

 


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