L’annonce faite samedi 2 septembre, clôturait la fin de la prière de l’Ide à la mosquée Al Qasm de Moroni. Mohamed Ali Amir, qui s’exprimait au nom de certains ulémas, a justifié la nécessité de ce collège pour éviter des controverses, comme celle qui a semé la confusion sur la date de la célébration l’Ide Al Adha.
Pour comprendre le sens de la requête des ulémas, il faut la situer dans le contexte de la controverse qui a précédé la fête de l’Ide Adha. Celle-ci a été célébrée vendredi 1er septembre par une partie des fidèles comoriens, alors qu’elle était fixée officiellement pour le lendemain samedi 2 septembre. Les contestataires assument leur position au nom d’une interprétation selon laquelle, l’Ide est célébrée au lendemain de la procession du Mont Anrafat. Or celle-ci s’est déroulée jeudi et qu’il n’y avait donc pas de raison de reporter l’Ide au surlendemain.
Une thèse qui prend le contrepied de la position officielle du Mouftorat. Pour l’autorité religieuse, l’Ide est célébrée, selon la tradition, le 30ème jour suivant l’apparition de la lune. Ce qui logiquement, tombait le samedi 2 septembre. Mais comme si cet argument n’était pas suffisamment convaincant, l’Exécutif politique joint sa voix à l’instance religieuse et prévient que tout contrevenant à cette décision, est passible de poursuites. Il ne fallait pas plus pour lancer une controverse inattendue, à moins qu’elle fût voulue. L’interpellation de plusieurs fidèles accusés d’avoir défié l’Autorité, prouve que les contestataires étaient décidés à suivre leurs convictions, et que le gouvernement s’était préparé à cette éventualité.
Mais au-delà de ce débat d’école, c’est sur le terrain politique qu’il faille chercher les vraies raisons de cette controverse inquiétante et qui met à mal la pratique d’un Islam « comorien », peu orthodoxe peut-être, mais qui depuis des siècles, a échappé aux postures fondamentalistes et radicales qui agitent le monde musulman. Chez les partisans d’une célébration de l’Ide Al Adha alignée à l’agenda du pèlerinage musulman, l’on retrouve des défenseurs du maintien d’une sorte de jurisprudence en place depuis près d’une dizaine d’années.
Instaurée par l’ex-président Sambi, cet alignement n’a pas été contesté par son successeur, Ikililou Dhoinine. Face à ce courant, les traditionalistes qui appellent à protéger les rites sunnite-chaféite de l’Islam pratiqué dans le pays contre une métastase chiite qui aurait atteint le corps social. Majoritaire et mobilisé, ce courant traditionnaliste, a arraché du dernier régime de Ikililou Dhoinine, une série de textes et de dispositions contre cette expansion du chiisme aux Comores. Il veut obtenir de l’actuel gouvernement, le passage des textes aux actes.
La bataille autour de la date de l’Ide, marque une nouvelle étape dans cette opposition larvée qui traverse l’élite religieuse du pays, à la suite de la série de destruction de lieux de culte soupçonnés de prosélytisme chiite. Mais au-delà de ce conflit doctrinal sur la légitimité du pouvoir temporel de l’Islam, le danger provient de l’instrumentalisation politique qui s’y profile. En poussant le gouvernement à prendre position sur des questions relevant de son champ de compétences, à l’exemple de cette polémique sur l’Ide.
Intervenant dans les médias, les chefs religieux parlent « d’un ordre pris par le chef de l’Etat », sans faire référence à un texte signé de lui, (précisons que le chef de l’Etat agit par décret et le gouvernement sur décision du Conseil des ministres). De tels chevauchements entre les sphères de compétence, font courir au pays des risques de conflits confessionnels qu’il n’a jamais connus. Ils font jour au pouvoir politique un rôle de police des consciences avec le risque d’entrainer des dérives, alors qu’il revient au contraire à l’Etat de s’élever pour assurer la sécurité de ses citoyens et garantir la stabilité du pays.
La proposition des oulémas d’une instance de régulation indépendante et qui se prononceraient collégialement sur les questions religieuses, semble être une piste qui éviterait de placer en première ligne l’exécutif politique sur le terrain religieux. Un rôle de régulation que n’assume pas efficacement le Mouftorat, au-delà du fait que sa structuration est défaillante et que sa réalité se confond avec un seul homme, le Grand Mufti lui-même.
Eddine Mlivoindro
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Chamsidine:
05/09/2017 à 02:53 PM
Une belle et objective analyse ! L'idéal serait en effet que le fait religieux soit régulé par une instance totalement autonome par rapport aux autres institutions de l'état.
gege:
05/09/2017 à 09:48 PM
YE IDI DE MWEZI KOUME YA DHOULHEDJI
LE 10 EME JOUR DU MOIS LUNAIRE DU HADJ