Malgré le communiqué de la Société comorienne des hydrocarbures (SCH), qui se veut rassurant quant à la disponibilité des stocks de produits pétroliers pour couvrir les besoins jusqu’à l’arrivée de la prochaine cargaison, la réalité observée sur le terrain semble tout autre. Ces derniers jours, les stations-service sont prises d’assaut par les usagers, notamment ceux qui cherchent à s’approvisionner en gazole, dont la disponibilité suscite de nombreuses inquiétudes.
« La SCH constate la formation de files d’attente dans certaines stations-service, notamment pour le gazole. Elle tient à rassurer la population que les stocks de produits pétroliers sont suffisants pour couvrir les besoins nationaux jusqu’à l’arrivée de la prochaine cargaison. Elle invite donc les usagers à s’approvisionner selon leurs besoins habituels et à éviter tout stockage de précaution à domicile, la disponibilité des carburants étant assurée. La SCH demeure pleinement mobilisée pour garantir un approvisionnement régulier du pays et remercie la population ainsi que l’ensemble des opérateurs du secteur pour leur sens des responsabilités et leur coopération », indique le communiqué de la SCH. Mais force est de constater qu’il suffit de faire un tour dans la capitale et ses environs pour observer une situation qui semble contredire ce communiqué. Les stations-service sont prises d’assaut par les usagers, avec de longues files d’attente un peu partout.
Dans les places publiques, les discussions tournent autour d’une éventuelle pénurie de carburant, particulièrement de gazole. C’est le cas de Rafioun Mmadi Soighir, alias Delano, chauffeur de taxi sur la ligne Moroni-Hambou. Pour lui, les longues files d’attente témoignent d’un problème d’approvisionnement. « Ça ne demande pas beaucoup de compétences ni d’intelligence pour comprendre qu’il y a un problème de gazole. C’est une équation simple quand il y a un stock suffisant, on ne voit pas de longues files d’attente dans les stations-service. À l’inverse, lorsque le stock est épuisé ou insuffisant, les files se forment. Le communiqué de la SCH est donc incohérent par rapport à ce que nous observons sur le terrain. Moi, j’utilise du gazole et j’ai parcouru plusieurs stations-service, il y a des files d’attente et nous attendons l’arrivée des camions citernes de la SCH », déclare-t-il.
Un pompiste rencontré dans une station-service apporte un autre éclairage sur la situation. Selon lui, les quantités de carburant livrées ne seraient plus les mêmes qu’auparavant. « Je ne vais pas dire que la SCH ne dispose pas d’un stock suffisant de gazole. Mais on ne nous livre plus les mêmes quantités qu’avant », confie-t-il. Certains craignent une éventuelle hausse des prix. Une autre information non confirmée, n’exclut pas l’hypothèse d’une éventuelle hausse des prix des produits pétroliers, dans une conjoncture mondiale marquée par une nouvelle flambée du baril de pétrole causée par la guerre au Moyen orient. S’agirait-il d’une stratégie visant à préparer l’opinion à cette éventualité ?
« Nous discutons au sein du gouvernement de la manière de procéder et de la possibilité d’augmenter les prix des produits pétroliers. Il faut comprendre que, partout dans le monde, les prix des produits pétroliers sont en hausse à cause de la guerre en Iran, qui a provoqué des perturbations. Ainsi, la SCH ne peut pas continuer à importer du carburant à perte. À terme, elle ne pourra plus en importer dans ces conditions. La question est sur la table et nous sommes en train de réfléchir, de manière générale, afin que la population ne soit pas impactée. Bien évidemment, il y aura une concertation avec les toutes les parties », avait déclaré le ministre des finances lors d’un café de presse tenu récemment.
Il faut rappeler que du 9 au 11 mai 2026, le gouvernement avait annoncé une forte hausse des prix à la pompe : 46% pour le gazole, 33% pour l’essence et 28% pour le pétrole lampant. Cette décision avait provoqué une vive contestation dans le pays. Le syndicat des transporteurs, (Usukani wa Masiwa), avait lancé une grève générale, rapidement rejoint par les commerçants et les pêcheurs. Le pays s’était retrouvé paralysé. Des barrages routiers avaient été érigés et des échauffourées avaient opposé manifestants et forces de l’ordre, faisant deux victimes à Anjouan.
Face à cette situation dramatique, le président Azali Assoumani avait officiellement suspendu la hausse des prix des carburants afin de permettre l’ouverture de négociations. Aujourd’hui, que la question d’une éventuelle augmentation des prix reste d’actualité, une question se pose. Comment le gouvernement compte-t-il parvenir cette fois-ci à un compromis acceptable pour toutes les parties, tout en assurant l’approvisionnement du pays ?
Nassuf Ben Amad
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