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des Comores

COI : La question de Mayotte s'invite au 40e Conseil des ministres

COI : La question de Mayotte s'invite au 40e Conseil des ministres © : HZK-LGDC

La France a pris ce lundi 08 juin la présidence de la Commission de l'océan Indien lors du 40e Conseil des ministres ouvert à Moroni. Climat, sécurité alimentaire et sûreté maritime étaient les points abordés, mais la volonté affichée de Paris d'intégrer Mayotte a ravivé, semble-t-il, les sensibilités comoriennes.


Les ministres des cinq États membres, notamment les Comores, la France (au titre de La Réunion), Madagascar, Maurice et les Seychelles, se sont retrouvés pour une session anniversaire, où les Comores transmettaient la présidence à la France après une année centrée sur la sécurité maritime. Pour cette dernière, principal bailleur de la COI via l'AFD et l'Union européenne, l'heure est à la continuité dans « un monde plus instable qu'auparavant, plus imprévisible », selon les mots de sa représentante. Originaire de République dominicaine, la ministre a invoqué son expérience de l'ouragan Georges en 1998 pour évoquer la « double-vulnérabilité » des îles. Elle a décliné trois priorités pour son mandat : honorer les engagements sur la sécurité alimentaire pris au dernier sommet, protéger l'océan par la sûreté maritime et une meilleure gestion des ressources halieutiques, et renforcer la préparation aux phénomènes climatiques extrêmes désormais « banalisés ». L'Agence française de développement faisait partie de la délégation, preuve, selon elle, d'un engagement financier « majoritaire ».

 

Le point de discorde est venu avec l’épineuse question de Mayotte. Devant ses homologues, la représentante française a déclaré : « C'est pourquoi nous souhaitons assurer, de manière pragmatique et en tant que voisins et partenaires, l'intégration de Mayotte à notre instance. » L'argument avancé est sanitaire, avec l'épidémie d'Ebola qui progresse dans la région des Grands Lacs : « les maladies ne connaissent pas de frontière. Est-ce que nous allons volontairement laisser une brèche dans notre défense ? » Elle a ensuite cédé la conduite des travaux à l'ambassadeur de France à Moroni, Étienne Chapon.

 

La réponse comorienne, qui ouvrait formellement la séance, n'a pas nommé Mayotte mais le message était sans ambiguïté. Après la bienvenue « fraternelle aux îles de la Lune », le discours a rappelé que ce conseil marque « les 40 ans d'adhésion de l'Union des Comores à la COI, dans ses frontières dûment reconnues par le droit international ». Puis est venu l'avertissement : « L'heure n'est pas aux provocations outrancières, aux invectives et à la surenchère. Notre zone réputée pour être une zone de paix, doit être à l'abri des velléités, nourries par des ambitions politiques, au mépris du droit international. » Au-delà du différend territorial, Paris et Moroni tentent de converger sur les urgences régionales.

 

Pour le représentant comorien, Moroni pousse pour des mécanismes concrets de résilience économique : mise en place d'un dispositif d'achats groupés de produits de première nécessité, coopération accrue entre compagnies aériennes nationales pour la connectivité, et mobilisation du secteur privé « pour produire d'avantage dans la région et pour la région ». Sur la sécurité, les Comores défendent l'architecture régionale de sûreté maritime portée par la COI avec l'UE, et mettent en avant leur nouveau Centre national de l'Action de l'État en mer. Sur le climat, l'appel est à porter une « voix commune » aux prochaines COP sur les écosystèmes marins et le climat, les îles étant « les premières victimes » du réchauffement.

 

La santé a clos la liste des priorités, avec le réseau SEGA One Health placé en alerte face à Ebola. Les deux présidences ont enfin salué l'arrivée du nouveau secrétaire général, le Dr Ibrahim Norbert Richard, chargé de parachever la modernisation institutionnelle engagée depuis la retraite de Moroni en 2019. « 40 ans, c'est l'âge de la maturité et de la sagesse », a conclu l'hôte comorien. Reste à voir si cette maturité suffira à maintenir l'unité de l'Indianocéanie face à la question de l’île comorienne de Mayotte sous administration française.

 

Hamdi Abdillahi Rahilie

 


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