Alors que l’eau revient progressivement dans certains quartiers de Moroni-Nord, la situation reste difficile pour de nombreux habitants. Faible pression, fuites, approvisionnement irrégulier et recours aux revendeurs continuent de compliquer le quotidien. Le bidon de 20 litres, autrefois vendu autour de 250 francs, serait désormais proposé à 300 francs. Pendant que la SONEDE et le ministère de l’Économie se renvoient la question de la régulation, les ménages continuent de compter chaque litre.
« L’eau a commencé à couler de temps à autre il y a environ un mois, mais uniquement dans certaines pompes publiques et sans pression », témoigne un vendeur ambulant, Soilahoudine Mouigni. Selon lui, des fuites sont également visibles sur le réseau sans intervention suffisamment rapide. Pour ceux qui n’ont toujours pas d’eau au robinet, les vendeurs ambulants restent souvent la seule solution. « Déjà, trouver un bus qui vend de l’eau, c’est un marathon », explique Salma Bourhane, une habitante de La Coulée. Une autre raconte même avoir dû faire appel à une voisine pour communiquer avec un vendeur qui ne parlait pas français. La SONEDE affirme avoir publié ses tarifs depuis le 4 septembre dernier. Selon un agent, le mètre cube est vendu aux revendeurs à 1 500 francs, soit l’équivalent de 30 francs pour 20 litres. Pour les ménages domestiques, le même volume revient à 10 francs.
Le passage à 300 francs chez certains revendeurs représente donc un écart considérable. Il ne constitue toutefois pas une marge nette, les vendeurs supportant notamment les coûts de transport, de carburant et de livraison. La SONEDE indique avoir déjà saisi le ministère de l’Économie sur cette question. « À notre niveau, nous ne pouvons pas intervenir », explique un agent de la Sonede, précisant que des échanges ont réuni la SONEDE, le FCC et le ministère. Du côté de l’Économie, le dossier reste en discussion. « C’est une question qui nous préoccupe et on est en train de voir comment aborder cette question », explique une source proche du dossier. Selon lui, l’activité des distributeurs d’eau n’est pas actuellement libéralisée et il n’existe pas de base claire permettant de réglementer leurs prix. Une éventuelle régularisation nécessiterait notamment de définir le statut de cette activité.
En attendant, les habitants s’adaptent. Ces derniers jours, les pluies permettent à certains de remplir cuvettes et seaux placés dehors. « Heureusement, ces temps-ci, il pleut. Nous pouvons au moins laver nos vêtements et chasser. Même pour ça, on avait pensé à construire des toilettes à la comorienne pour ne plus perdre beaucoup d’eau », raconte l’enseignante Kalathoumi Ali. Une autre se souvient de la période la plus difficile. « Quand je prenais une douche, je mettais une cuvette en bas pour récupérer l’eau et l’utiliser pour chasser. On n’avait plus le droit de gaspiller l’eau. C’était carrément la sécheresse. »
Pour la présidente de la FCC, Nasrat Mohamed Issa, le prix de 300 francs relève d’un phénomène de spéculation. Elle appelle les autorités à protéger les consommateurs et estime que la priorité reste aussi de permettre aux ménages raccordés à la SONEDE, mais privés d’eau, de retrouver un approvisionnement régulier. À Moroni-Nord, le problème dépasse donc désormais la seule question du prix. Pendant que les autorités discutent encore du cadre à mettre en place, les habitants, eux, continuent de chercher de l’eau pour les besoins les plus élémentaires.
Mohamed Ali Nasra
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