La Gazette

des Comores

Des stations-service suspendent leurs commandes

Des stations-service suspendent leurs commandes © : HZK-LGDC

Huit stations-service de Moroni et de ses environs ont annoncé une suspension temporaire collective de leurs commandes à partir du samedi 18 avril. Dans un communiqué publié la veille, vendredi 17 avril, elles dénoncent des pratiques anticoncurrentielles dans le secteur des hydrocarbures.


Alors que les automobilistes étaient habitués à faire la queue devant les stations-services pour s’approvisionner en carburant, la situation s’inverse aujourd’hui. Ce sont désormais plusieurs de ces stations-service qui cessent de s’approvisionner. Cette décision risque d’aggraver davantage les difficultés déjà observées dans la distribution du carburant. Dans leur communiqué, les stations signataires affirment constater « une dégradation significative de leurs conditions d’approvisionnement », marquée par des retards fréquents de livraison, des volumes insuffisants et un manque de prévisibilité dans la distribution. Elles dénoncent également un traitement qu’elles jugent inéquitable. Selon elles, la station exploitée par la Société comorienne des hydrocarbures (SCH), notamment celle située à Malouzini, bénéficierait d’un approvisionnement prioritaire, y compris en période de pénurie.

Cette situation aurait des conséquences directes sur leurs activités. La plupart des stations indépendantes seraient contraintes de fermer dès la fin d’après-midi, entre 17 h et 18 h, faute de stock, tandis que la station de la SCH à Malouzini resterait ouverte jusqu’à des heures tardives, parfois au-delà de minuit, grâce à un approvisionnement jugé plus important. Les signataires évoquent plusieurs dysfonctionnements : des différences de traitement dans les livraisons, des retards affectant principalement les stations privées, des anomalies dans la chaîne de transport et de distribution, ainsi que des pratiques de démarchage direct de leur clientèle. Ils dénoncent également des comportements lors des livraisons, impliquant certains chauffeurs et responsables, qui imposeraient leurs conditions en l’absence de contrôle efficace.

Selon eux, l’ensemble de ces éléments pourrait constituer une rupture d’égalité entre opérateurs, un usage contestable d’une position dominante et une atteinte à la liberté du commerce. C’est dans ce contexte que les stations Bonzami, Albayt, Complexe du Port, Istandra, Malini, Salimani, Beau Rivage et Maliza ont décidé de suspendre leurs commandes afin d’alerter les autorités et d’obtenir un rétablissement urgent des conditions de distribution équitables et transparentes. Les stations concernées appellent à la mise en place de critères clairs dans la répartition du carburant, à l’égalité de traitement entre opérateurs, au renforcement du contrôle de la chaîne logistique et à la cessation de toute pratique susceptible de fausser la concurrence.

Un gérant de station-service estime que « la situation actuelle est non seulement déloyale, mais aussi illégale ». Il rappelle qu’au début des années 1990, les réformes du secteur des hydrocarbures visaient précisément à éviter que la société nationale ne soit à la fois juge et partie. La libéralisation du marché, menée en collaboration avec le gouvernement et la Banque mondiale, avait conduit à la cession de plusieurs stations à des opérateurs privés. Plus de 35 ans après, il juge que certaines pratiques remettent en cause ces acquis.

Contacté sur cette affaire, le directeur régional de la Société comorienne des hydrocarbures, Aboubacar Saïd, rejette ces accusations. « La SCH n’a jamais favorisé une station-service. Nous n’avons aucun intérêt à le faire. Nos clients sont justement ces stations, qui achètent des volumes importants de carburant », affirme-t-il. Il précise que la station de Malouzini ne dispose que de deux pompes et que les horaires tardifs s’expliquent parfois par la volonté de servir les clients lorsque le carburant est disponible.

Concernant le mouvement de grève, il regrette un manque de communication : « Les responsables de ces stations ne nous ont pas informés, ni leurs clients. Ils auraient dû venir discuter pour trouver une solution. Nous leur avions proposé une rencontre samedi à midi, mais ils ne sont pas venus ». Il nuance également l’ampleur du mouvement, affirmant que seules trois stations ont effectivement cessé leurs activités, les autres ayant poursuivi leurs commandes. Il se dit toutefois ouvert au dialogue pour dénouer la situation.

Nassuf  Ben Amad

 


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