C'est un drame qui a glacé Toulon (France) et endeuillé la communauté comorienne. Mercredi 20 mai, vers 6 heures du matin, une femme de 38 ans, originaire du village d'Inane au sud de Ngazidja, s'est jetée du 13e étage de la tour Pontcarral avec trois de ses plus jeunes enfants, une fillette de 3 ans et deux garçons de 4 et 6 ans. Les quatre sont morts sur le coup.
Il était environ 6 heures quand un bruit sourd a réveillé la résidence Pontcarral, dans le quartier est de Toulon. Les voisins découvrent au pied de l'immeuble les corps d'une femme et de trois jeunes enfants. Les secours, arrivés rapidement, n'ont pu que constater les décès. Selon les premiers éléments communiqués par le procureur de la République de la ville, Raphaël Balland, la mère aurait réveillé ses trois plus jeunes enfants avant de se défenestrer avec eux depuis son appartement du 13e étage. Une source policière, citée par la presse locale, évoque qu'elle leur aurait demandé de la suivre.
Makoutoum était née aux Comores en 1987. Installée à Toulon depuis plusieurs années, elle élevait seule ses sept enfants. Les trois aînés, issus d'une première union avec un mahorais, dont le plus âgé a 17 ans et est scolarisé dans un lycée du centre-ville, n'étaient pas présents au moment des faits. Les quatre plus jeunes sont nés d'un second mariage avec un autre compagnon comorien, actuellement recherché par les enquêteurs pour être entendu. D'après le parquet, la famille n'était pas connue des services sociaux ni signalée au parquet. « Aucun signalement antérieur », a précisé Raphaël Balland. Les enquêteurs insistent sur l'état psychique de la mère. Elle présentait, selon le procureur, « des symptômes psychiatriques et dépressifs ». Elle sortait d'une hospitalisation en psychiatrie à Marseille et se trouvait en rupture de traitement au moment du drame.
Le parquet de Toulon a ouvert une enquête pour « meurtres commis par ascendant ». À ce stade, l'intervention d'un tiers est formellement exclue. Des autopsies et des analyses toxicologiques sont en cours pour établir avec précision la chronologie et l'état de santé de la mère. Les quatre enfants survivants ont été pris en charge en urgence par l'Aide sociale à l'enfance du Var. Un accompagnement psychologique a été immédiatement mis en place. Pour beaucoup, Makoutoum n'est pas un simple fait divers. C'est une trajectoire connue dans la diaspora : arrivée jeune en France, obtention d'un titre de séjour, maternités rapprochées, séparation, isolement familial, précarité entre petits boulots et prestations sociales.
Au-delà du deuil, le drame relance une question douloureuse et souvent tue : celle de la santé mentale des mères isolées. Combien sont-elles à porter seules ce poids, par honte, par peur du jugement ou par manque d'accès à des soins adaptés et continus ? Aujourd'hui, Toulon pleure quatre vies fauchées en quelques secondes. À Inane, son village natal, partout aux Comores et dans toute la diaspora, les prières s'élèvent pour Makoutoum et ses trois enfants.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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