L'idée est née d'un besoin intime. Guy Jihane voulait soigner sa fille qui souffrait d’allergie. A cette époque, ne trouvant pas de savons naturels dans le pays, cette mère commandait ses produits sur internet. Et en faisant des recherches en ligne, elle a découvert qu’elle pouvait fabriquer ses propres savons au lieu de les importer. Elle s'est alors formée à la saponification à froid.
“De fil en aiguille, d’autres mamans, comme moi, soucieuses de la sante de leur enfant ou des comoriens voulant soigner leur peau naturellement ont commencé à acheter mes savons”, confie Guy Jihane, la fondatrice du savon Wutamu. En soulignant que « j’ai constaté que le pays possède des ingrédients d'une qualité exceptionnelle, comme l'ylang-ylang, utilisé dans la parfumerie de luxe dans le monde entier, mais nous les exportons souvent sans les transformer localement. Je me suis demandé pourquoi nous ne créerions pas une véritable industrie cosmétique comorienne, capable d'apporter de la valeur ajoutée à nos ressources », a-t-elle raconté. Ainsi, est né Wutamu. Ce dernier a donc grandi avec l'ambition de démontrer qu'un produit fabriqué dans l’archipel. « Peut-être aussi qualitatif, élégant et compétitif que les produits internationaux en mettant sur le marché des produits comme les savons, les parfums, les bougies, les encens mais qui portent une identité comorienne », a-t-elle affirmé.
Les savons Wutamu sont fabriqués à partir d'huiles végétales, de beurres naturels, d'argiles, de café des Comores, Aloè vera et d'huiles essentielles selon le savon que vous choisissez. Guy Jihane privilégie autant que possible les matières premières du pays, notamment l’huile essentielle d'ylang-ylang, qui est reconnue dans le monde entier. « Certaines matières premières, comme la soude indispensable à la fabrication du savon, ne sont pas produites aux Comores et doivent être importées. Notre démarche consiste à valoriser au maximum les ressources locales tout en garantissant un produit sûr et de haute qualité », a-t-elle précisé.
Pour elle, sa principale différence réside dans la formulation. Elle a ajouté que ses savons sont fabriqués selon la méthode de saponification à froid, qui permet de préserver naturellement la glycérine produite pendant la fabrication et de manière naturelle. Cette glycérine aide à maintenir l'hydratation naturelle de la peau. « Notre objectif est d'offrir un savon plus doux, plus respectueux de la peau et enrichi en ingrédients naturels », a-t-elle insisté. Guy Jihane utilise la méthode artisanale de saponification à froid, suivie d'une période de cure de plusieurs semaines afin que le savon atteigne toutes ses qualités.
Tous ses produits sont déclarés conformément à la réglementation en vigueur dans le pays. L'équipe Wutamu réalise également les contrôles nécessaires sur leurs formulations avec leur partenaire Apile, dans un laboratoire européen afin de garantir leur sécurité. La qualité est au cœur de leur démarche, et l'ensemble de son équipe travaille continuellement à renforcer leurs procédures conformément aux standards internationaux. « A ce jour, nous respectons les bonnes pratiques de fabrication et sommes labellisés ‘Authentic Comoros’ », a-t-elle souligné. En expliquant : « produire localement coûte aujourd'hui plus cher que d'importer certains produits fabriqués en très grande quantité à l'étranger ».
« Notre objectif n'est pas d'être le savon le moins cher, mais d'offrir un produit durable, de qualité, fabriqué aux Comores, qui crée de l'emploi et de la valeur pour notre économie. Acheter un savon Wutamu, c'est aussi soutenir une entreprise comorienne et des chaines de valeurs comoriennes (huile de coco, ylang-ylang, café, girofle, jasmin, etc.) », a-t-elle fait comprendre. Pour Guy Jihane, le principal défi est l'accès aux matières premières, aux emballages et aux équipements, qui doivent souvent être importés. Les coûts du transport, les délais d'approvisionnement et certaines contraintes administratives rendent la production plus complexe. Soulignant que les problèmes énergétiques du pays nous mettent souvent en difficulté.
Son ambition est de faire de Wutamu une référence de la cosmétique naturelle des Comores, reconnue aussi bien sur le marché national qu'à l'international. « Notre vision est que, demain, lorsqu'on parlera de cosmétiques naturels de qualité dans l'océan Indien, les Comores aient toute leur place grâce à des marques comme Wutamu”, a-t-elle conclu.
El-Aniou Fatima
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