La Cour d'appel de Moroni a examiné, le 2 juillet dernier, le dossier de Fardane Nasurdine, condamné en première instance à quatre ans de prison ferme pour trafic illicite de migrants. Le prévenu, qui se trouvait à bord d'une embarcation transportant 72 migrants africains, conteste toute implication dans un réseau de trafic. Tandis que le parquet a requis la confirmation de la condamnation, la défense a demandé sa relaxe, estimant que les preuves sont insuffisantes. Le délibéré est attendu le 5 août. D'ici là, Fardane Nasurdine demeure en détention.
À la barre, le père de famille et commerçant a rejeté les accusations portées contre lui. Selon sa version des faits, il se serait rendu à Dar es Salaam pour acheter deux moteurs de vedette destinés à son activité commerciale, avant d'être victime d'un piège. « Un ami de Dar es Salaam m'a piégé. Une fois à bord du bateau, lui et ses complices m'ont confisqué mon passeport. Je me suis retrouvé avec 72 migrants africains à bord », a-t-il déclaré devant la Cour. Le prévenu affirme que l'embarcation a ensuite été interceptée par les garde-côtes au large de Mohéli. Il se soutient avoir été le seul Comorien présent à bord et avoir été séparé des autres occupants du bateau. « J'ai été transféré à Ngazidja, tandis que le bateau et les autres personnes sont repartis. Aucun membre de l'équipage n'a été entendu. J'ai été désigné comme seul responsable », a-t-il ajouté.
Placé en détention provisoire depuis plus de huit mois à la maison d'arrêt de Moroni avant son procès en première instance, Fardane Nasurdine continue de nier toute participation à une opération de trafic de migrants. Dans ses réquisitions, le parquet général a demandé à la Cour de faire une stricte application de la loi, estimant que les éléments du dossier justifient la condamnation en première instance. De son côté, l'avocat de la défense, Me Yahaya Mohamed Djalim, a consacré sa plaidoirie à relever ce qu'il considère comme les faiblesses de l'accusation. Selon lui, plusieurs éléments jettent un doute sur la responsabilité de son client : l'absence d'audition des autres membres d'équipage, le fait que le bateau ait quitté les lieux après l'interpellation et l'absence d'antécédents de son client dans ce type d'affaires. L'avocat a également estimé qu'il était peu crédible qu'une seule personne puisse organiser et conduire une traversée impliquant 72 migrants sans l'appui d'un réseau ou de complices identifiés. « Mon client n'est ni un passeur ni un organisateur de filière. Il affirme avoir été piégé, privé de ses papiers et embarqué contre son gré. Aucune preuve ne démontre qu'il dirigeait cette opération », a plaidé Me Djalim.
La défense a par ailleurs soutenu qu'aucun migrant n'avait débarqué sur le territoire comorien, estimant que cet élément devait être pris en compte dans l'appréciation de l'infraction reprochée. Pour Me Djalim, le dossier repose davantage sur des présomptions que sur des preuves matérielles. « Condamner mon client dans ces conditions reviendrait à punir une victime », a-t-il conclu. La Cour d'appel devra désormais apprécier si les éléments réunis au dossier permettent de caractériser l'infraction de trafic illicite de migrants et déterminer si la seule présence du prévenu à bord de l'embarcation suffit, en l'absence d'autres preuves d'organisation ou de complicité, à engager sa responsabilité pénale. Son arrêt sera rendu le 5 août.
El-Aniou Fatima
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