C’était en février 2015 que des éléments de l'Armée nationale de développement ont tiré à balles réelles des résidents de Mitsoudje, chef-lieu de Hambou. Une dizaine de jeunes ont été blessés dont 3 grièvement. Malgré la gravité des faits, aucun procès en vue sept ans après.
« Il y a 7 ans, un évènement malheureux d'une extrême violence a secoué Mitsoudje au matin. C'était à l'occasion d'une revendication sociale massive qui a touché presque tout Ngazidja. Les routes ont été barricadées par la population. Avec le recul on se demande pourquoi une attention particulière pour Mitsoudje qui est à 12 km de Moroni et alors que tous les villages qui sont traversés par la Rn2 ont été effectivement fermés. Les militaires, sous les ordres d'un certain Ibrahim Amada ont ouvert le feu sur la foule alors qu'apparemment on n'avait pas résisté à l'ouverture de la route. Ce jour-là il n'y avait pas de barrage. On allait savoir qu'il s'agissait de "vourouga", une alcool locale fabriquée à base de coco », se remémore encore Mohamed Ali Mgomri, résident et membre de la Commission ad hoc qui n’est malheureusement jamais parvenue à obtenir un procès.
C’était le10 février 2015. Cette date est pour les résidents de Mitsoudje et Comoriens épris de paix et de démocratie, une date inoubliable. « Mardi noir », c’est ainsi qu’est baptisée cette journée dont les évènements cruels qui l’avaient marquée seront transmis, sans coup férir, de génération en génération. L’histoire retient qu’il y a eu une dizaine de blessés dans les rangs des jeunes, dont 3 grièvement. « Ces militaires responsables du carnage sont partis, laissant sur le sol ces jeunes entre la vie et la mort. Naturellement, les jeunes ont vite réagi en s'organisant pour sauver leur concitoyen. Les blessés sont récupérés et envoyés à l'hôpital. Un appel à la solidarité est lancé. Les habitants ont vite répondu à l'appel. De l'argent a été mobilisé pour traiter les blessés. Certains ont été dans l'obligation d'être évacués à Madagascar. Là encore la diaspora de Mitsoudje en France et les associations locales ont apporté leur soutien financier », poursuit non sans amertume M.Mgomri.
La participation était citoyenne et naturelle. Il devait être ainsi pour éviter aux familles de supporter seules la douleur conséquente mais a un moment donné, ce comité de soutien avait ses limites. « Nous avons réussi à apporter l'aide nécessaire, les blessés graves ont pu partir se soigner à Madagascar. Le comité de soutien a porté plainte. Les avocats ont rencontré les blessés et ont vite recommandé à ces derniers de porter plainte. La plupart n'ont malheureusement pas suivi cette procédure. Mais l'État a promis l'ouverture d'une enquête qui n'a pas abouti ». Parmi les blessés graves, un qui a eu une balle logée dans le thorax pendant des jours. Il a été opéré à la Réunion dans des conditions très difficiles. Un autre a été fracturé dans plusieurs endroits du corps. Si M. Mgomri dit n’avoir plus de ses nouvelles mais il sait qu'il porte un handicap à vie. « Je ressens avec lui sa douleur et le sentiment d'abandon après cette prise en charge communautaire ».
Un sentiment d’abandon dû en partie à l’absence d’un procès pour punir les coupables au sein de l'armée dont les éléments en cause n'ont pas été punis par la loi, leur laissant un boulevard pour commettre des bavures de plus en plus graves contre une population qui assure son fonctionnement. La justice qui devait se saisir de cette affaire d'une sauvagerie extrême fait, pour des raisons inconnues, la sourde oreille. « Tout cela constitue encore aujourd'hui tout une montagne de charge contre le pouvoir public », conclut notre interlocuteur.
Nassuf Ben Amad
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