Cela fait des semaines que les contractuels du CHN El-Maarouf sont en grève En guise de réponse à des revendications légitimes, la direction du Centre hospitalier national et le ministère de la Santé ont choisi la méthode forte : cinq figures du mouvement sont brutalement licenciées, laissant place à une gestion de crise qui privilégie la menace au dialogue, au péril de la vie des patients.
Le couperet est tombé via un communiqué laconique, trois jours avant l'Aïd et signé par le directeur général de l'hôpital, Assoumany Aboudou. Sous le motif de "rupture de contrat pour grève irrégulière", l’administration a décidé de se séparer de cadres expérimentés. Les noms circulent déjà, portés par une grande vague d’indignation : Dr Chaharzad Said Abdallah, M. Zainoudine Ahmada, Mme Zoultfata Ali, Mme Aida Mohamed et Ahmed Abdou, tous contractuels et membres du collectif des grévistes. Leur crime ? Avoir demandé des conditions de travail décentes dans un établissement qui frôle l'asphyxie depuis un long moment. Face à ce coup de force, la colère a rapidement dépassé les murs du CHN. Du côté du ministère de la Santé, on tente de sauver les apparences en agitant des chiffres : « une augmentation de salaire de 8%, une revalorisation des gardes, une prise en charge médicale accrue », clament les autorités.
Mais alors, pourquoi licencier ? Si les avancées étaient suffisantes, pourquoi les agents, qui connaissent mieux que quiconque la réalité du terrain, auraient-ils maintenu leur mouvement ? Car ce n'est pas le rejet catégorique des propositions qui est sanctionné, mais le refus de se soumettre à une réquisition jugée abusive par les manifestants. En qualifiant ces agents de "démissionnaires" s’ils ne reprennent pas le travail immédiatement, le ministère use d'un artifice sémantique pour contourner le droit du travail. Le plus alarmant c’est la solution de remplacement envisagée à l'hôpital de référence. Pour pallier le manque de personnel qualifié et briser la grève, le recours massif à des stagiaires et à des contractuels précaires devient la solution : remplacer l'expertise d'un médecin en maternité ou d'un technicien en imagerie médicale par des mains inexpérimentées du jour au lendemain.
Loin de subir ce sort dans l'indifférence de certains de leurs homologues, les agents radiés ont reçu le soutien de nombreux fonctionnaires et cadres de santé qui, bravant les menaces de sanctions, dénoncent d'une seule le sort réservé à leurs confrères et refusent de cautionner ce qu'ils qualifient de "purge arbitraire" au cœur même de l'hôpital. Un membre de la confédération des travailleurs et travailleuses (CTTC) s'est insurgé : « On ne négocie pas avec un pistolet sur la tempe. En chassant des agents qui servent l'hôpital depuis des années comme des moins que rien, la direction joue avec le feu. Un hôpital n'est pas une caserne, et la compétence ne s'improvise pas par arrêté ministériel. La santé ne se gère pas à coups de communiqués comminatoires, mais avec humanité et respect du droit. »
Et de renchérir : « Le CHN El-Maarouf, censé être le fleuron de notre système de santé, devient le symbole d'une gestion par la peur. Ces licenciements ne sont pas seulement injustes d'un point de vue légal, ils sont une insulte à l'engagement de ces professionnels qui ont tenu l'hôpital à bout de bras pendant les crises les plus graves ». En agissant ainsi, le ministère et la direction du CHN ouvrent une plaie béante. Quelle sera la motivation des agents restants ? La rupture est désormais consommée. Les autorités pensaient éteindre l'incendie en coupant des têtes ; elles n'ont fait qu'ajouter de l'huile sur le feu de la colère sociale. Le licenciement de ces trois soignants n'est pas la fin d'une grève, c'est probablement le début d'une crise de confiance.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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