C'est officiel, six médinas comoriennes sont désormais inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO. Une consécration historique après vingt ans d'efforts, qui suscite une immense fierté nationale et engage l'archipel dans une préservation exemplaire, au service de la souveraineté culturelle et du développement local.
C'est une première. Les Sultanats historiques des Comores viennent d'être inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Aucun site comorien n'y figurait jusqu'alors. Le 26 juin dernier, La Gazette des Comores relatait la venue d'une mission conjointe ALIPH-UNESCO-médias chargée d'évaluer l'état des médinas et sultanats candidats. Un mois plus tard, à Busan, en Corée du Sud, où se tient jusqu'au 29 juillet la 48e session du Comité du patrimoine mondial, la victoire est tombée : les Comores décrochent leur première inscription. La reconnaissance porte sur six cités-États fondées dès le XIIe siècle. Architecture swahilie et arabe, remparts, palais, mosquées du vendredi, places publiques et quais de pêcheurs. Quatre médinas se trouvent à Ngazidja, deux à Ndzouani. Ce sont les premiers biens du pays inscrits.
Le président Azali Assoumani a d'emblée écarté l'idée d'un musée à ciel ouvert : "Ces médinas ne sont pas des vestiges figés dans le passé." Puis est venue une fierté plus intime, partagée par tout l'archipel : "Je ne suis pas seulement le Chef d'un État qui vient de voir six de ses cités historiques reconnues par le monde entier : je suis, comme chacun de mes compatriotes, l'héritier de ces palais, de ces mosquées et de ces places publiques où j'ai appris très tôt que notre petit archipel avait une grande histoire où se conjugue à merveille, l’Afrique, le monde arabe, le monde perse, l’Inde et l’Indonésie." Pour le chef de l'État, cette inscription raconte une mondialisation ancienne : "Elle rappelle au monde que nos îles ont su, bien avant les cartes modernes, relier l'Afrique orientale, la péninsule arabique et la Perse en un seul espace de civilisation." Il a conclu par une adresse à la jeunesse : "Je le dis souvent à notre jeunesse, et je le répète ici : nous n'avons pas à emprunter notre fierté à d'autres."
La suite s'annonce exigeante, car l'UNESCO impose des obligations renouvelées. Dans son discours à Busan, le Président a promis d'y répondre par l'élaboration d'un plan de gestion pour chaque cité, à former des experts nationaux à la conservation du bâti ancien et à mettre en place une gouvernance partagée avec les communautés. Un Centre national de conservation des arts et de la culture est en préparation. À la clé, des métiers pour les jeunes, un tourisme patrimonial durable et une nouvelle attractivité pour l’ensemble des quatre îles de la lune, au passé millénaire.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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