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des Comores

Interdiction des téléphones portables à l’école : Une utopie ?

Interdiction des téléphones portables à l’école :  Une utopie ? © : HZK-LGDC

En conseil des ministres, le ministre de l’éducation propose d’interdire le port et l’utilisation des téléphones portables par les élèves dans les établissements scolaires. Si le conseil ne s’est pas opposé, il estime en revanche que la réussite de cette mesure dépend largement de l’implication des chefs d’établissement et des parents et suscite un vif débat…


Le ministre de l’éducation, soutenu par le conseil des ministres, présente l’interdiction des téléphones portables comme une réponse urgente aux dérives constatées récemment dans les établissements scolaires. Les autorités compétentes invoquent la sauvegarde des valeurs sociales, culturelles et religieuses, ainsi que la protection de la jeunesse. Les enseignants favorables à la réforme y voient un moyen de rétablir la concentration en classe, de réduire les tricheries et de limiter les risques de cyberharcèlement. « Quelque part le ministère a raison mais c’est un sujet qui demande beaucoup de réflexion », démontre Nourdine Salim Mazamba enseignant de philosophie au lycée.

 

Au-delà des intentions affichées par les autorités, l’usage incontrôlé des téléphones portables a déjà provoqué plusieurs dérives inquiétantes. Des cas de tricherie lors des examens nationaux, de diffusion de vidéos compromettantes sur les réseaux sociaux, ou encore de cyberharcèlement entre élèves et même avec des enseignants et éducateurs ont été révélés. L’affaire récente de l’école franco-arabe de Mitsoudje, où des images à caractère sexuel tournées en classe ont déclenché des tensions intercommunautaires, illustre les failles de la surveillance au niveau des collèges et lycées et les dangers d’un usage non contrôlé.

 

Certains parents d’élèves voient aussi dans cette interdiction une protection contre les dérives liées aux nouvelles technologies. Ils estiment que les jeunes passent trop de temps sur leurs écrans, au détriment de leur réussite scolaire. « Je soutiens cette décision, car je constate fréquemment que mon fils peut oublier un livre ou un cahier en quittant la maison mais jamais son téléphone. Si l’interdiction est appliquée sérieusement, cela peut l’aider à se concentrer sur ses études, » nous confie Aliyat Abdou, parent d’élève de la classe de 3ème au Groupe Scolaire Avenir. D’autres enseignants dénoncent une mesure « débranchée » des réalités modernes. Pour eux, le téléphone est aussi un outil de communication et d’émancipation. « Certains enseignants envoies des cours et des exercices via des plateforme numériques et comment peut-on lancer des activités numériques et priver aux enfants l'accès. Même les inscriptions au baccalauréat, les enfants se débrouillent », réplique Karim Alahoui, enseignant de SVT au lycée.

 

Un responsable d’un lycée public qui préfère l’anonymat suggère d’intégrer le numérique dans l’éducation plutôt que de le bannir : « Plutôt que de bannir et imposer une règle qu’ils (les élèves NDLR) chercheront à contourner, il faudrait apprendre aux jeunes à utiliser les nouvelles technologies de manière responsable. » Il met en garde contre une interdiction « difficile à appliquer ». Il rappelle que « mon école n’a pas les ressources pour fouiller les cartables ou sanctionner systématiquement ». Cette nouvelle mesure semble être porteuse d’intentions louables mais confrontée à des réalités plus paradoxales. Une proposition qui ouvre une autre polémique après celui du bulletin unique et rallonge la réflexion sur les défis actuels et perspectives du numérique dans l’éducation des élèves comme a été le thème lors de la conférence pour les 47 ans du CNDRS le mois dernier.

 

Aticki Ahmed Ismael

 


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