De Bandrani, Soumaila Said alias Monsieur Bacar, un chevronné instituteur d’une expérience de près de 20 années et qui a occupé plusieurs fonctions politiques s’est exprimé sur la situation sociopolitique du pays. Ce dernier reste persuadé que l’accord de Fomboni est caduc depuis sa révision en 2018.
LGDC : Quelle analyse faites-vous sur la question de la Tournante en 2021, vu les réformes constitutionnelles de 2001 révisées en 2018 ?
Soumaila Said: On fait un aperçu historique pour mieux situer la question dans son contexte. En 1997, des anciens combattants anjouanais formés par la France dans la plupart ont tenté et réussi à séparer Anjouan de ses îles sœurs pendant une bonne dizaine d'années. C’est ce qu’on appelle la période du séparatisme. Cet événement historique a donné naissance à deux formes de séparatiste: l'une indépendantiste et l'autre rattachiste à la France où réclame seulement une confédération des îles, chose qui compliquait la configuration. Toutes ces tendances aboutissent à l’accord-cadre de Fomboni de 2001, en acceptant ou en adoptant un Nouvel Ensemble Comorien (NEC) dont seuls les symboles nationaux demeurent : la monnaie, le drapeau et les trois autres définissant une autonomie des îles. Le régime d'Azali1 était uniquement le représentant des Comoriens à l'échelle internationale. Et la constitution prévoit un mandat de quatre ans renouvelables, tournant à l'île où échoit (cet article porte trop de confusion et alimente la querelle sur les conflits de compétences). Mais Azali1 passe son mandat sans changer d'un iota la constitution arrachée par beaucoup de compromis, après tant des conférences échouées. L'île scissionniste d'Anjouan a droit à sa tournante où Ahmed Abdallah Mohamed Sambi devient le véritable président plébiscité par le peuple comorien, avec plus 60% de voix et Mohamed Bacar reste le président de l'île autonome d'Anjouan, avec la constitution de 2001 jusqu'au débarquement militaire de 2008. L'éloquence et sa popularité ont convaincu le peuple à renoncer à la constitution issue de l’accord de Fomboni vers une révision constitutionnelle hâtive, supprimant les quatre constitutions, les quatre présidents, l'autonomie des îles, passé le mandat de quatre ans à cinq ans, une passation qui s'est fait avec le président Ikililou Dhoinine, après six mois, etc. Le comble, l’ancien président Sambi anticipe les Comoriens dans la réforme de 2009.
En 2018, le président Azali Assoumani appelle les Comoriens, les politiques et la société civile pour une révision de la constitution, déjà révisée en 2009, selon les charges de cette constitution. Auparavant, on passe de 2 vice-présidents à 3. J'aimerais être un peu explicite sur le mandat de 5 ans renouvelable dans chaque île. Le président est élu 5 ans au lieu de 10 ans. Seulement le présent président veut faire émerger le pays d'ici à l'horizon 2030, pour le réélire une deuxième fois. Dans le cas contraire, on peut élire un autre pour les 5 ans restants. En réalité, un mandat de 5 ans est insuffisant pour poser les bases véritables d'un développement.
LGDC : Que répondriez-vous aux défenseurs de l’accord-cadre de Fomboni ?
SS: L’accord de Fomboni est caduc, c'est-à-dire est mort et enterré depuis 2009 par un régime qui était populiste. On a fait passer 2 révisions constitutionnelles et la dernière est déjà en application. Il n'y a pas de l'autonomie des îles et j'en passe.
LGDC: Les détracteurs du président le qualifient de séparatiste ou d'un président qui veut mettre à mal l'unité de ce pays. Partagez-vous ce point de vue?
SS: Je ne partage pas ce point de vue. Le mot séparatiste du sens "UKUTRUZI" vient de Mohéli. Souvenez-vous du mouvement populaire Mohélien (MPM) pendant le régime du feu Djohar. Les Anjouanais se sont accaparés de l'expression lors du régime du feu Taki en 1996. D'ailleurs pendant la chasse aux Anjouanais, les Moheliens ont gouverné avec le président Azali sans l'Union africaine après avoir échoué à Madagascar. C'est Azali qui fait revenir les enfants du pays à la table des négociations sans l'Union africaine après son échec cuisant dans la Grande Île. Le constat que j'ai établi et c'est d'ailleurs la réalité, l'esprit du séparatisme est ancré dans le cœur des Comoriens. On parle souvent d’unité pour une minorité qui chérie la patrie.
LGDC : l'émergence est-elle une réalité ou un rêve ?
SS: Effectivement, si vous avez suivi le séminaire organisé par le gouvernement récemment à l'hôtel Le Retaj, des points forts ont été dégagés : le développement du secteur privé, le contrôle et la gestion des sociétés d'Etat sous tutelle des ministères concernés, le tourisme, l'agriculture, la pêche. Des nouvelles ressources qui y existent. Je pense que c’est réalisable.
LGDC : Quelles sont les lignes directrices de votre politique communale de Bandrani en tant que conseiller au sein de la nouvelle équipe ?
SS: Nous sommes conscients des difficultés existantes dans nos communes. Et nous allons apporter notre expertise et notre expérience pour soutenir le développement communal. Nous allons prochainement mettre en place les bases du développement de cette politique. Nous allons commencer par régler les questions liées à l'urbanisme communal et mettre en place des équipes chargées à la propreté des nos village. Nous allons soutenir également l'Etat dans sa mission d'organiser l'éducation de nos enfants et aussi contribuer à lutter efficacement contre la délinquance dans nos sociétés, et le reste.
LGDC : Un dernier mot ?
SS: Je reste optimiste pour la politique d'émergence prônée par le chef de l'État. Les Comores ont des cadres, des enfants capables de hisser le pays au rang du développement. Le problème qui existe aujourd'hui c'est qu'ils sont peu nationalistes. Ils n’aiment pas trop ce pays. Mais, je continue à croire que tout est possible si nous nous unissons.
Propos recueillis par NJ
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