La Gazette

des Comores

Khadidja Abdou : « L'art n'est pas la beauté de l'œuvre mais l'utilité de l'œuvre »

Khadidja Abdou : « L'art n'est pas la beauté de l'œuvre mais l'utilité de l'œuvre » © : HZK-LGDC

Pour préserver et valoriser, l'art de fabriquer des cordes à base de cocos et celui de confectionner des nattes en paille, Khadidja Abdou apporte malgré le poids de son âge (96 ans) les restes des noix de coco à la mer où s'effectuent les travaux préliminaires pour la fabrication des cordes anciennes (Hamba). À Ngazidja, elle est aujourd'hui, une des rares vielles femmes ayant la besogne à la main, ce qui explique la rareté de trouver le produit dans les marchés.


Même à 96 ans, Khadidja Abdou continue de s'attacher fortement à ce qu'elle considère comme un patrimoine ancestral. Et même s'il s'agit d'un patrimoine qui d'après elle, disparaît progressivement par manque de considération à notre identité sociale et culturelle, la valorisation et la préservation de l'art des ancêtres font les hommages prodigues des anciens. « Jadis, des personnes âgées comme moi fabriquaient des cordes à base de coco (Hamba). Avec cette corde traditionnelle, on pouvait fabriquer des tables, des lits et d'autres objets. Aujourd'hui, avec le luxe et la modernisation, ces objets devant avoir une grande conservation, sont en voie de disparition », regrette-t-elle avant de confier : « A constater les comportements des jeunes d'aujourd'hui, il est difficile d'espérer d'eux les funéraires qui nous méritent. J'ai appris de ma mère à fabriquer des ficelles de jonc, des cordes traditionnelles (Hamba) et à confectionner des nattes en paille (Dawo). Et je fais ce métier depuis plus de 60 ans. Et aucun de mes enfants ne s'intéresse à ce savoir faire ».

Cette dame de plus de 90 ans reste convaincue qu’après sa disparition, ce métier n'existera plus. « Je dis cela, car dans les temps anciens, on (grandes mères) se rencontrait souvent à la mer pour les travaux préliminaires liés à la fabrication des cordes traditionnelles. Et aujourd’hui, je me retrouve seule sur la plage de Mbachilé car je réside actuellement à Vouvouni mais je suis originaire de Mbadjini ». Ses propos expliquent la rareté de trouver cette corde ancienne (Hamba) dans le marché.

A ce sujet, il faut rappeler la formule des béhavioristes selon laquelle, le danger lié à la prédiction de l'identité communautaire, n'est pas sur l'acculturation mais plutôt sur l'égarement des origines. Même si aujourd'hui, porter des chaussures fabriquées à base de cocotier, ou dormir sur un lit confectionné avec des cordes anciennes, elle montre que la préservation du savoir faire est important. « Cela signifie aujourd’hui qu'on garde un savoir culturel ou bien un patrimoine de nos aïeuls. A mon âge je serais prête, si les moyens me permettaient, de transmettre mon savoir sur des générations quant à la fabrication des nattes en paille, des cordes (Hamba), et d'autres arts que j'ai appris auprès de mes parents à mon jeune âge, car les faire apprendre à d'autres serait de les rendre fiers », dit-elle.

Kamal Gamal

 


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