La Gazette

des Comores

Le projet AGR et la femme rurale

Le projet AGR et la femme rurale © : HZK-LGDC

À Dindri, sur l’île d’Anjouan, Ankline Mohamed Hassani, trente-huit ans, mariée et mère de six enfants, tenait déjà une petite boutique avant le projet. Grâce aux cent soixante mille francs comoriens (160.000 KMF) reçus via le volet AGR du PFSS-RRC du projet Mayendeleyo financé par la Banque Mondiale, elle l’a transformée en une épicerie qui nourrit sa famille et scolarise ses enfants. Trois ans et demi après, son commerce continue de prospérer.


Chaque matin, Ankline soulève le rideau de fer de son magasin. Les sacs de riz de vingt-cinq kilos sont alignés, les cartons de jus de paille sont empilés avec soin, le congélateur bourdonne mais cette réussite ne s’est pas construite en un jour. « Avant le projet AGR, j’avais déjà ma petite boutique. Elle était vraiment modeste. Je vendais quelques produits alimentaires en détail », confie-t-elle, le regard posé sur ses étagères. Mariée et mère de famille, elle jonglait entre les tâches ménagères et ce petit commerce de survie. Les rentrées scolaires devenaient chaque année une source d’angoisse. « C’était difficile », admet-elle. Sélectionnée comme bénéficiaire du volet AGR, Ankline a reçu cent soixante mille francs comoriens (160.000 KMF).

 

Pour elle, cette somme représente bien plus qu’une aide : c’est la possibilité d’investir là où sa petite boutique stagnait.   « Avec l’aide AGR, ma boutique a grandi. J’ai reçu cent soixante mille francs comoriens et j’ai compris comment les utiliser intelligemment », explique-t-elle avec conviction. Sa première décision est réfléchie : acheter un congélateur. « J’ai acheté un congélateur avec une partie de l’argent. Après cela, j’ai commencé à vendre des jus frais et du poulet congelé. Les habitants n’avaient plus besoin de se rendre jusqu’à Mutsamudu pour s’approvisionner », raconte-t-elle, un sourire aux lèvres. Le congélateur devient le moteur de son développement. Les enfants s’arrêtent après l’école pour un jus bien frais et les adultes également pour soulager leur soif. Les femmes trouvent du poulet prêt à cuisiner.

 

Aujourd’hui, trois ans et demi après avoir reçu ce financement, la boutique d’Ankline n’a plus rien à voir avec le petit étal de départ. « Grâce aux bénéfices réalisés, j’ai agrandi mon épicerie. Elle a vraiment grandi et pris de la valeur », résume-t-elle avec fierté. Son commerce propose désormais des produits en gros et en détail : des sacs de riz, des cartons de jus de bailles, des cartons de tomates, de l’huile, du sel, du lait concentré, des pâtes, du savon. « C’est un travail exigeant, mais c’est ’est moi qui décide de mon emploi du temps », affirme-t-elle, droite derrière son comptoir. Pour Ankline, le plus grand accomplissement reste celui de ses enfants. « Je vis de mon travail et je contribue pleinement à l’éducation de mes enfants. Les frais de scolarité, les fournitures, les uniformes », dit-elle avec émotion.

 

Dans le village, Ankline est devenue une référence. Ses enfants sont à l’école primaire. Tous vont en classe régulièrement, sans interruption. « Quand l’un d’eux me demande un cahier ou un stylo, je n’ai plus à répondre “attends le mois prochain”. Je vais l’acheter tout de suite. Pour une mère, c’est une paix immense », souligne-t-elle. Son mari continue d’exercer son activité, mais le poids des dépenses familiales ne repose plus uniquement sur ses épaules. « Mon mari me respecte et me témoigne beaucoup d'amour. Nous décidons ensemble pour l’avenir de la famille », ajoute-t-elle.

 

Elle insiste sur l’accompagnement reçu avec AGR. « Le projet ne nous a pas remis seulement de l’argent. On nous a formées », reconnaît-elle. En rangeant un carton de tomates, Ankline observe son épicerie. De petite boutique de débrouille à commerce qui fait vivre huit personnes, le chemin parcouru est immense. « Je marche désormais avec mes propres jambes », conclut-elle.

 

El-Aniou Fatima

 

 

 


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